La probable acquisition de Verney-Carron par le groupe belge FN Browning est l’occasion de se pencher sur l’état de l’industrie française en matière d’armes de chasse et de défense. Celle-ci va mal et les choix industriels de nos gouvernants n’ont fait qu’aggraver la situation. Browning continue d’ailleurs sur sa lancée en rachetant une autre entreprise française, Sofisport, le leader mondial de la fabrication de cartouches de chasse et de tir sportif.

Les discours martiaux dont nous sommes abreuvés depuis quelques mois ne doivent pas masquer la réalité. Depuis trente ans nos dirigeants ont voulu faire des économies dans le domaine de la défense. Ils sont aujourd’hui rattrapés par les conséquences de leurs décisions. Notre président de la république dit comme d’habitude tout et son contraire (le fameux « en même temps ») et contredit aujourd’hui ce qu’il vantait hier. N’oublions pas que c’était sous son contrôle et avec son assentiment quand il était ministre de l’économie que Alstom qui fabrique les turbines du porte-avions Charles de Gaulle a été vendu avec ses secrets industriels à l’américain General Electric.

« Il nous faut nous équiper davantage (…), renforcer notre indépendance en matière de défense et de sécurité. » Emanuel Macron

Comment peut-on encore accorder du crédit à ces déclarations tant nous savons que les discours ne sont jamais suivis d’effets. Il ne faut pas remonter très loin pour se rendre compte que l’état ne soutient pas ses entreprises de défense. Verney-Carron est un exemple frappant des mauvais choix politiques et industriels de nos dirigeants.

Verney-Carron n’a pas été soutenu par l’état.

C’était notre dernier fabricant d’armes de petit calibre entièrement français ; il va passer sous contrôle du belge FN Browning. Une offre ferme a été déposée suite à la mise en redressement judiciaire de l’entreprise stéphanoise. Cela comprendrait plusieurs millions d’investissement et la confirmation d’une orientation vers le secteur de la défense.

C’est justement dans ce secteur de défense que la France n’a pas su ou voulu soutenir son dernier fabricant d’armes de petit calibre. Quatre exemples illustrent bien ce manque de soutien.

Le HK 416 allemand succède au FAMAS

En 2014, la procédure visant à remplacer le FAMAS est lancée. Au terme d’une longue procédure, la France décide d’adopter le HK 416 allemand alors que Verney-Carron proposait un fusil d’assaut entièrement made in France. C’est un contrat de plus de 300 millions d’euros qui lui échappe en raison des conditions imposées par la direction générale de l’armement.

Le remplacement du FR-F2

Un peu plus tard, c’est le SCAR-H PR de FN Herstal qui est choisi pour remplacer les fusils de précision FR-F2 de l’armée au détriment du VC 10 de Verney-Carron. Le contrat comprend aussi la fourniture de près de 10 millions de cartouches de précision pour cette arme. Au final, armes et munitions sont achetées à l’étranger.

N’oublions pas que FAMAS et FR-F2 étaient fabriqués par la manufacture d’armes de Saint-Étienne, un fleuron historique de l’armement français, qui a fermé en 2001, faute de commandes de l’État.

LBD suisse pour succéder au Flash Ball français

Autre déconvenue pour Verney-Carron, le ministère de l’intérieur décide de remplacer le Flash Ball fabriqué à Saint-Étienne par le LBD 40 produit par la firme suisse Brügger&Thomet.

Le contrat ukrainien

En 2023, le contrat de 36 millions d’euros pour la livraison de 10 000 fusils d’assaut VCD-15, 2000 fusils de précision VCD-10 et 400 lance-grenades LP 40 pour les forces ukrainiennes échappe à Verney-Carron faute de garanties de financement par l’état. Le contrat était soumis à la mise en place d’un financement assuré par l’État ukrainien et le fonds de soutien à l’Ukraine. Verney-Carron s’était même lancé dans la réalisation des premiers lots de qualification et ceux-ci avaient été inspectés par une délégation ukrainienne à Saint-Étienne. Hélas, des dissensions entre la France et certains partenaires européens n’ont pas permis le déblocage des fonds nécessaires. Encore une fois, l’État n’a pas su soutenir une des ses entreprises.

Chapuis a connu les mêmes déboires

L’entreprise Chapuis, connue des chasseurs pour ses superbes express, avait cherché à se diversifier et avait racheté en 1998 les outils de production des revolvers MR 73 et MR 88 au groupe Manurhin. Malheureusement la police française, principal client pour ces armes décide de remplacer les revolvers Manurhin par le pistolet Sig-Sauer Pro 2022. En 2019, Chapuis passe sous contrôle du groupe italien Beretta.

Pas de production de munitions petit calibre en France


Nous n’avons plus en France de capacité industrielle de production de munitions de petit calibre et nous le devons aux décisions politiques prises par des dirigeants qui ne voient que le court terme, c’est à dire leur prochaine élection. Le ministère des Armées s’est lancé il y a peu dans la réimplantation en France d’une telle filière.

Rappelons-nopus qu’une initiative pilotée par Thales, NobelSport et Manurhin avait été envisagée par Jean-Yves Le Drian en 2017. Celui-ci donna, malgré les réticences de la Direction Générale de l’Armement (DGA), le coup d’envoi d’un projet visant à recréer une capacité française de production de munitions de petit calibre, cette filière ayant disparu avec la fermeture de l’établissement de GIAT Industries, à la fin des années 1990. Le ministre décrivait ce projet comme un « acte de souveraineté nationale ».

Un rapport parlementaire publié en 2015 avait pointé du doigt les faiblesses françaises en matière d’approvisionnement en munitions de petit calibre en cas de crise majeure. Ses auteurs recommandèrent de relocaliser cette filière industrielle.

Mais, après l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, ce projet fut abandonné, avec les arguments habituels qui ne tiennent aucun compte de ce dont un pays a besoin pour assurer sa souveraineté et son indépendance, viabilité économique non garantie, possibilité de s’approvisionner à l’étranger, complications juridiques au niveau européen…

Si Florence Parly et le ministère des finances n’avaient pas stoppé cette initiative considérée non viable économiquement, la France serait aujourd’hui autonome en la matière.

Notre industrie de défense bradée à des intérêts étrangers

Voici quelques exemples édifiants.
Le groupe Manurhin, qui était le numéro 1 mondial dans la fourniture d’équipements destinés à l’industrie munitionnaire. a été cédé en 2018 au groupe de défense des Émirats Arabes Unis, Emirates Defence Industries Company.

Le groupe Nexter qui fabrique des blindés a été forcé en 2015 par Macron, alors ministre de l’économie, à fusionner avec un groupe allemand plus petit et sans réel savoir-faire. Cette décision purement idéologique n’ arien apporté à Nexter, par contre le groupe allemand bénéficie de l’argent apporté par les ventes des blindés à l’armée française et à l’étranger.

La société Hensoldt Nexeya France est devenue en 2019 une filiale de la société allemande Hensoldt. Cette entreprise française est spécialisée dans la conception et le développement d’équipements électroniques pour les secteurs de l’aéronautique, de la défense, de l’énergie, du ferroviaire, du spatial et de l’industrie. Elle produisait entre autres l’électronique embarquée dans les chars Leclerc et dans les Rafales.

En 2021, le principal actionnaire du Groupe Latécoère devient le fonds d’investissement américain Searchlight Capital Partners qui détient 86,9 % du capital. Latécoère fabrique des équipements aéronautiques pour les grands avionneurs mondiaux dont Airbus et Dassault qui fournissent des avions à l’armée française.

Tout récemment, la question de la souveraineté industrielle se pose à nouveau avec la cession de LMB Aerospace par Tikehau Capital à l’américain Loar Group. Cette entreprise, spécialisée dans les équipements haute performance pour l’aérospatial et la défense, joue un rôle clé dans des programmes stratégiques comme l’avion Rafale et les sous-marins nucléaires français. Son départ sous pavillon étranger soulève des inquiétudes et interrogations quant au contrôle des technologies sensibles.

Autre scandale dans le scandale, Tikehau Capital a bénéficié de 200 millions d’euros de financements publics pour soutenir l’industrie française. Pourtant, trois ans après l’acquisition de LMB Aerospace, il décide de vendre à un acteur étranger pour faire une plus-value. La souveraineté industrielle s’efface vite derrière la recherche de rentabilité.

On ne peut pas vanter la souveraineté dans des discours martiaux et laisser partir nos fleurons stratégiques à l’étranger. Notre industrie représentait 14% du PIB en 2000, elle est tombée sous les 10% en 2023. La fameuse coopération européenne qui est tant mise en avant par Macron n’existe que pour lui ; les autres pays savent privilégier leurs intérêts nationaux, à l’image de l’Allemagne et de l’Italie qui se gardent bien de se lancer dans ces lubies désastreuses.


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