Avec le printemps arrivent les salons de la chasse. Ce sont des rendez-vous importants qui permettent de se retrouver et de mesurer la vitalité de notre passion. Ils sont aussi la vitrine des marques et des fabricants qui nous proposent leurs dernières nouveautés. Autant ils est important que l’écosystème de la chasse soit dynamique, autant il est indispensable que le chasseur ne soit pas le mouton docile que les chargés de marketing voudraient qu’il soit. Gardons notre lucidité et posons nous les bonnes questions avant de nous ruer sur les offres mirobolantes des commerciaux.

Avons-nous vraiment besoin de tout ce qui nous est proposé ? Ai-je vraiment besoin de cette carabine « révolutionnaire » ? Devons-nous vraiment passer à ce nouveau calibre qui nous est vanté dans les magazines ? Les départements recherche et développement rivalisent d’ingéniosité et il arrive parfois que cela débouche sur de vraies améliorations mais combien de nouveautés ne sont présentées que pour nous inciter à dépenser encore plus ?

L’explosion du nombre de nouveaux calibres est un exemple frappant et révélateur de cette marchandisation excessive de notre passion. Gardons présent à l’esprit que les calibres qui ont « fait » la chasse ne sont pas jeunes. Le 30-06 date du début du XXème siècle, tout comme le .270 Winchester, quant au 8×57 JRS, il a été conçu en 1888…

Ces calibres qui ont marqué la chasse depuis plus de 100 ans maintenant ne sont pas forcément les meilleurs sur le papier mais ils sont bons dans des domaines difficiles à mesurer. Ils ne dominent pas les tableaux des vitesses et des puissances, ils ne font pas la une des campagnes marketing, ils ne promettent pas des vitesses record. Pourtant, les chasseurs les utilisent saison après saison, avec une certitude tranquille qui défie les tableaux Excel. Aucun d’entre eux n’est « parfait » selon les normes balistiques modernes, pourtant, de nombreux chasseurs vous diront qu’ils leur conviennent parfaitement. Pourquoi ?

L’optimisation technique est mesurable mais l’équilibre est une question d’expérience. Une cartouche peut avoir une trajectoire plus tendue, moins de dérive ou conserver plus d’énergie à 700 mètres. Mais si la plupart de vos tirs se font à moins de 200 mètres, l’avantage théorique s’estompe. Dans ces comparaisons, d’autres facteurs prennent le dessus : le recul, l’adaptation à votre arme, la familiarité avec la détente, la confiance en soi. Un calibre qui correspond naturellement à votre chasse et à votre terrain de chasse inspire plus confiance qu’une cartouche qui la surpasse simplement de quelques centimètres sur un tableau.

Le .270 Winchester n’est pas l’option la plus puissante mais il offre une trajectoire plate qui simplifie les tirs à moyenne distance. Le 30-06 n’est ni le plus tendu ni le plus rapide mais il se comporte de manière prévisible dans les canons courts, tolère des poids de balle variés et maintient des performances terminales constantes. Le 8×57 JRS n’est peut-être pas le plus performant en termes de coefficient balistique, mais sa douceur lors du tir et sa puissance d’impact lui confère une polyvalence que peu de calibres peuvent égaler en battue. Aucune de ces caractéristiques n’est « optimale » mais elles sont toutes « stables ».

Les calibres modernes telles que le 6,5 Creedmoor, le 7 mm PRC ou le puissant .300 PRC sont souvent le fruit d’une ingénierie sophistiquée. Ils sont conçus pour offrir une efficacité aérodynamique, une stabilisation longue durée des balles et une cohérence à longue portée. Leurs avantages sont réels. Mais l’optimisation réduit souvent le champ d’action. Une cartouche conçue pour exceller à une distance spécifique aura des exigences plus strictes en matière de gestion du recul, de longueur du canon ou de sélection des balles. Elle peut offrir des performances brillantes mais se révéler moins tolérante en dehors de sa plage d’utilisation idéale.

Ce qui donne le sentiment que quelque chose est « bien », c’est généralement l’équilibre. Un recul qui encourage la pratique, une trajectoire qui simplifie les décisions, une gamme de poids de balles qui s’adapte aux changements de terrain et de gibier. Il ne faut plus penser au calibre au moment du tir. Vous devez cesser de penser aux chiffres et commencer à penser à l’animal, au bon moment pour tirer… C’est ainsi que se renforce la confiance et la confiance façonne les performances plus que les décimales ne le feront jamais.

La mémoire joue également un rôle. Un calibre qui a permis de faire des bons tirs pendant des années fait partie intégrante de l’identité du chasseur. Le succès renforce la familiarité. La familiarité diminue la pression et le stress. Au fil du temps, le calibre n’est plus évalué en fonction de ses caractéristiques techniques, mais en fonction de l’histoire que vous avez vécu en sa compagnie.

Ce qui est bien pour vous est le fruit d’une relation et d’une expérience. Un calibre peut ne dominer aucune catégorie particulière et rester néanmoins l’outil le plus efficace entre vos mains. Lorsque des correspondances entre calibres existent à des distances de chasse réalistes, ce qui est souvent le cas, la différence entre le bien et l’optimum s’amenuise. Ce qui reste, c’est la confiance. Et sur le terrain, la confiance importe souvent plus que la perfection technique.

Rappelons-nous que ce qui compte vraiment est l’essence même de la chasse et de la quête.

« La chasse n’est rien, si elle n’est d’abord poésie. Poésie de la quête, de la poursuite et de l’aventure; sympathie instinctive et profonde avec la branche porteuse d’indices, l’herbe foulée, l’humus où s’imprime une empreinte; avec ce qui se cache, se glisse, se dérobe et s’évade, mais laisse flotter derrière soi un flocon, un duvet que l’épine accroche et demeure tiède au soleil vivant aux souffles passagers. » Maurice Genevoix



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