Une exposition et une conférence, toutes deux financées par le département des Bouches du Rhône, devraient attirer l’attention des éleveurs de ce département. Ces deux évènements présentent le loup comme « un prédateur essentiel à l’équilibre des écosystèmes ». Comment l’argent public peut-il être utilisé pour propager une propagande aussi partisane ?

L’une et l’autre sont l’oeuvre de Gilles Cheylan, conservateur du muséum d’histoire naturelle d’Aix en Provence mais aussi membre de la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères.

L’exposition a lieu du 10 mars au 30 août à la maison Sainte Victoire, établissement géré par le département. D’entrée, le ton est donné par la présentation sur le site officiel.
« Animal fascinant », « le loup est un prédateur essentiel à l’équilibre des écosystèmes » (la disparition du mouflon est-elle un bon équilibre ?), « aller au-delà des idées reçues et réfléchir à la cohabitation entre l’homme et la faune sauvage. » Bref, tous les slogans habituels des amis du loup, répétés en boucle comme des mantras mais qui se heurtent quotidiennement au réel.

La conférence1, qui aura lieu le 24 avril à Aix en Provence, s’annonce tout aussi partisane. Sa présentation nous annonce que le loup se nourrit principalement de sangliers, « selon des études ». Les éleveurs ovins du département risquent de ne pas être d’accord avec cette affirmation optimiste. D’ailleurs, de quelles études s’agit-il ? Si c’est celle menée par la Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères, elle a consisté à utiliser un chien entraîné à collecter des crottes de loup et à analyser les poils trouvé dans ces déjections. L’analyse des poils retrouvés montrerait que près de 90 % des proies consommées étaient des sangliers, majoritairement des jeunes d’un à deux ans. Où a été menée cette étude ? Combien d’échantillons ont été récoltés ? A quelle saison ? Y avait-il des troupeaux de moutons dans les environs ?

L’université de Lausanne, qui s’est penchée sur le régime alimentaire du loup, affirme elle, que le sanglier n’entre que pour 1,7 % dans l’alimentation du prédateur.

S’il s’agit de l’étude d’Olivier Delaigue2, il faut noter que celle-ci a été principalement conduite dans les Alpes, région dans laquelle les troupeaux ne sont pas présents toute l’année. Comme par hasard, ses résultats indiquent que le régime alimentaire du loup comporte plus d’animaux d’élevage l’été, période à laquelle les moutons montent en altitude.

La méthode de collecte est, elle aussi, sujette à controverse. Les excréments sont ramassés par les correspondants du « Réseau Grands Carnivores Loup-Lynx ». Il s’agit de bénévoles, souvent partisans qui feront tout pour accréditer la thèse d’un loup qui régule les ongulés sauvages et ne pose que peu de problèmes aux éleveurs.

Cette étude conduite dès la réapparition du loup en France a néanmoins démontré qu’il est un prédateur opportuniste et qu’il construit son régime alimentaire de façon à tirer parti de la vulnérabilité et de l’abondance des différents types de proie.

Sachant que les Bouches du Rhône ne sont pas un département riche en sangliers (les tableaux de chasse nationaux le démontrent, seulement 8500 sangliers tirés lors de la saison dernière3, à comparer au plus des 30 000 du Gard voisin) mais que le nombre d’élevages ovins y est important, il y a fort à parier que le prédateur opportuniste préfèrera le mouton vulnérable au sanglier qui peut se défendre. L’optimisme du conférencier est plus basé sur le militantisme que sur des résultats concrets d’études sérieuses.

Nous avons l’habitude des études biaisées. L’une d’entre elles, réalisée en Italie pour décrire les habitudes de la première meute de loups à s’installer dans la plaine du Piémont, est particulièrement révélatrice des biais utilisés par ces chercheurs militants. Elle concluait que le prédateur ne consommait que 8% d’animaux domestiques contre 92% d’animaux sauvages. Ce que l’étude oubliait de dire, c’est qu’il n’y avait pas d’élevage dans la zone choisie pour l’étude…

Pourquoi le département finance-t-il une propagande nuisible à une activité économique importante ?

Pourquoi un département finance-t-il avec de l’argent public (celui des contribuables car il faut quand même rappeler que État et collectivités locales n’ont pas d’argent, ils n’ont que celui qu’ils nous prennent) une propagande aussi grossière et aussi nuisible à un secteur économique important ? Le département des Bouches du Rhône compte 146 éleveurs ovins pour un total de 120 694 brebis. C’est une activité économique importante pour le département et la région. De plus, ces troupeaux de plaine participent à la transhumance qui est une réalité économique et culturelle indissociable de la Provence. Les troupeaux des Bouches du Rhône vont jusqu’en Savoie mais aussi en Isère et dans les Hautes-Alpes.

La présence de troupeaux d’ovins est aussi un moyen peu coûteux et efficace de lutter contre les incendies fréquents dans cette région puisque les troupeaux sont envoyés là où il faut débroussailler. Avec le loup, beaucoup d’éleveurs abandonnent et la végétation repousse et fournit du carburant pour les feux de forêt. « Avec les loups, on ne peut plus aller en forêt et faire le débroussaillement. Avec les troupeaux, on était payé pour débroussailler les pare-feux. Cela fait deux ans que j’ai arrêté à cause des loups. » déclarait une éleveur du Var en 2021.

En 2021, après les énormes incendies du Haut-Var, la question de la responsabilité du loup dans l’aggravation des feux avait été posée. Un directeur de recherche de l’INRA et un ingénieur pastoraliste au CERPAM jugeaient cette hypothèse crédible4.

En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en 2022, la prédation du loup c’était 2 012 attaques (57% des attaques françaises) qui ont fait 6 122 victimes (56% des victimes nationales), 1 612 dossiers de demande d’aides à la protection, 19 913 753 euros versés à ce titre. Il faut ajouter à cela 3568 chiens de protection qui ne sont pas sans poser de problèmes aux randonneurs et promeneurs mais qui sont devenus indispensables. La prédation du loup a de lourdes conséquences sur la dynamique de l’élevage régional.

Alors, pourquoi un département finance-t-il une exposition et une conférence partisanes qui cherchent à donner une image rassurante d’un prédateur qui met en danger l’élevage ovin de la région ? Les éleveurs qui sont des contribuables devraient demander des comptes quant à l’utilisation de leur argent par les pouvoirs locaux. Comme les chasseurs devraient le faire à propos de l’OFB qui subventionne avec notre argent des associations ouvertement anti-chasse. Les collectivités locales se plaignent en permanence de ne pas disposer d’assez de budget pour assurer leurs missions mais elles dépensent des millions en subventions à destination d’un tissu associatif qui vit grassement grâce aux impôts des français. Selon un rapport de l’Inspection Générale des Finances5, toutes les associations de France cumulent 49 milliards d’euros de subventions de l’État et des collectivités locales.


  1. Le loup : son retour en Provence et son écologie à Sainte Victoire ↩︎
  2. Analyse du régime alimentaire du loup (Canis lupus) et sensibilité des résultats aux biais de détermination – Olivier Delaigue ↩︎
  3. Rapports, bilans des prélèvements et tableaux de chasse – OFB ↩︎
  4. Le loup a-t-il sa part de responsabilités dans les incendies du Var ? – Le Figaro ↩︎
  5. Revue des dépenses publiques en direction des associations – IGF ↩︎

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