J’ai eu le plaisir d’être interrogé à propos de la chasse par Hugues de Tressac pour le magazine Terre & Peuple. Voici l’entretien tel qu’il a été publié. Il est disponible en version PDF en bas de page.

Entretien avec… Denis Plat

Chasseur passionné, Denis Plat tient un blog sur l’univers de la chasse, “Chroniques cynégétiques”, remarquable par sa hauteur de vue et ses analyses, à rebours bien souvent des idées reçues en la matière. Hugues de Tressac, chasseur lui-même, l’a interrogé.

Hugues de Tressac : Outre la défense de la chasse, menacée de toutes parts et sur laquelle nous reviendrons, qu’est-ce qui vous a poussé, Denis, à créer votre blog sur le monde de la chasse, Chroniques cynégétiques ?

Denis Plat : Il y a de nombreuses raisons qui m’y ont poussé. Dans un premier temps, il s’agissait de défendre la chasse contre une propagande et des activistes venant globalement d’un bord politique qui n’est pas le mien, c’est le moins que l’on puisse dire ! Mais je trouvais que se contenter d’une défense technique, comme le fait la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) n’était pas suffisant. Il m’a semblé nécessaire d’aller au-delà des arguments techniques et de mettre le sujet de la chasse en perspective. Chasser aujourd’hui c’est affirmer consciemment ou inconsciemment une identité, des racines et ainsi sauvegarder nos libertés, un patrimoine et l’avenir de notre mode de vie. Face aux attaques que nous subissons, il faut, non seulement, se défendre mais contre-attaquer. Il est évident pour moi que la défense de la chasse est aussi la défense d’un patrimoine. Et si l’on parle de patrimoine, on parle de civilisation. La chasse est un des éléments constitutifs de notre civilisation. Je ne parle pas ici de chasse vivrière, celle qui sert à nourrir des populations non sédentarisées, je parle de la chasse art de vivre, de la chasse passion. Celle pratiquée par Alexandre le Grand, par Gaston Phébus, par les grands princes européens mais aussi par Raboliot, Tartarin de Tarascon ou le petit Paul de Pagnol dans son roman La Gloire de mon père. Cette passion de la chasse est tellement ancrée dans nos gènes qu’elle transcende les clivages sociaux et est partagée aussi bien par le prince-électeur de Brandebourg, qui pista trois jours durant un fabuleux cerf de soixante-six cors, que par Lili des Bellons, le petit paysan provençal du roman de Pagnol. 

Il m’a semblé important de lier défense de la chasse et défense de notre patrimoine et donc de notre civilisation européenne. Je ne parle évidemment pas de l’Europe de Bruxelles mais de celle des sagas scandinaves, du Parthénon, de la Renaissance italienne, des grands maîtres flamands, de la fusée Ariane, du Concorde, des grandes découvertes, de Dostoïevski, de Shakespeare ou de Balzac. Cette Europe qui a conquis le monde et qui l’a façonné. L’homme européen est un conquérant et, à son petit niveau, la chasse est aussi une conquête. 

Vous l’avez dit la chasse est attaquée de toutes parts et sa défense institutionnelle n’est pas à la hauteur des enjeux, parce qu’elle ne prend pas en compte la dimension politique de ce combat. Il m’a semblé intéressant et peut-être utile de faire prendre conscience aux chasseurs qu’en pratiquant leur passion, ils faisaient acte politique ou métapolitique. Évidemment, pour la grande majorité d’entre eux, c’est inconscient ; un des buts de Chroniques cynégétiques est de faire en sorte qu’ils s’en rendent compte. Un peu comme le ferait un psychanalyste ! Il s’agit aussi de désigner l’adversaire et de combattre sa propagande. Comme l’a bien montré Carl Schmitt, il est indispensable de distinguer l’ami de l’ennemi, c’est l’essence du politique. 

Avec Chroniques cynégétiques, je souhaite aussi montrer que la chasse a, depuis des siècles, façonné nos modes de vie et a inspiré les artistes. En faisant cela, je m’adresse aussi aux non-chasseurs en essayant de leur démontrer que la chasse fait partie intégrante de notre civilisation.

Hugues de Tressac : Il existe quantité de modes de chasse : à tir (fusil, carabine, arc), vénerie (sous terre, à pied, à cheval), chasse au vol. Eux-mêmes pratiqués de différentes manières : battue, approche, affût, billebaude, notamment, pour la chasse à tir. Au petit et au grand gibier. Le plus souvent avec chiens, mais pas toujours. Pouvez-vous nous en dessiner les grands contours, les traits communs et souligner ce qui les différencie ? 

Denis Plat : En effet, la chasse se pratique de bien des manières et la France est probablement le pays qui autorise le plus grand nombre de modes de chasse. Essayons d’abord de déterminer ce qui les relie, ce qu’ils ont en commun. Pour avoir pratiqué de nombreux modes de chasse et pour m’être intéressé à tous, il me semble qu’il y a trois éléments qui sont communs à tous ces modes de chasse. 

Le premier est l’attrait pour la quête. Pascal disait “On aime mieux la chasse que la prise.” Tous les chasseurs seront ravis d’une belle chasse même si elle n’est pas très fructueuse et si le tableau n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Qu’est-ce qu’une belle chasse ? Pour le veneur, ce sera un cerf qui se sera bien défendu, que les chiens auront bien lancé et si l’on fait buisson creux qu’importe ! Les chiens ont bien chassé, les membres d’équipage sont fourbus et tous se retrouvent devant la cheminée pour en parler. Pour un chasseur de brocard d’été, ce sera de faire une belle approche, plus que de faire un bon tir. En cela, les adeptes du tir longue distance dénaturent complètement la chasse à l’approche. Pour un chasseur de chamois, ce sera de voir enfin ce grand mâle que l’on recherche depuis des semaines, de le mettre dans ses jumelles et tant pis s’il nous a éventé et disparaît. Ce sera pour un autre jour. En attendant, je suis en montagne, j’ai une mer de nuages à mes pieds dans la vallée et je ne suis pas loin d’être le roi du monde ! Chaque fois que je chasse en montagne, j’ai ce poème de Théophile Gautier dans la tête :

Je n’ai pour boire, après ma chasse,
Que l’eau du ciel dans mes deux mains ;
Mais le sentier par où je passe
Est vierge encor de pas humains.
Dans mes poumons nul souffle immonde
En liberté je bois l’air bleu,
Et nul vivant en ce bas monde
Autant que moi n’approche Dieu. 

Le deuxième point commun est que tous sont une aventure sans cesse renouvelée. Bien entendu, je parle ici de vraies chasses, pas de ce qui est pratiqué dans des parcs grillagés où l’on tire des sangliers bien nourris ou des faisans tout juste sortis des cages. Un des éléments constitutifs de la vraie chasse, c’est l’incertitude. Il n’y a jamais rien de garanti. Même bien mené par les chiens, l’animal pourra nous sentir, nous voir et dévier sa course mais la montée d’adrénaline était bien là lorsque l’on a entendu les pierres rouler pas loin. La bécasse qui attend le dernier moment pour s’envoler et partir dans notre dos a bien joué et a gagné. Bravo à elle !


“Le chasseur français, et c’est une de ses caractéristiques, s’efface souvent derrière son compagnon.”

Le troisième élément de ressemblance tient à la manière dont nous considérons nos auxiliaires de chasse, que ce soient les chiens (le plus souvent) ou les rapaces pour la fauconnerie. Pour l’amateur de chiens d’arrêt, pour le veneur comme pour le fauconnier, le plus important est que le chien ou le faucon ait fait une belle chasse. Le chasseur français, et c’est une de ses caractéristiques, s’efface souvent derrière son compagnon. Le chasseur de bécasse est plus préoccupé par le fait que son chien chasse bien que par le tir qui n’est là presque que pour le remercier et le récompenser. C’est un peu pareil pour le possesseur de grands courants, il est heureux de les entendre mener et fier de nous dire qu’ils ont suivi ce sanglier sur plus de 10 km ! Une fois que l’on a analysé les points communs, il faut se rendre à l’évidence, les différences sont principalement liées aux outils et aux méthodes. Avec ou sans arme, avec carabine ou à l’arc, avec chien ou sans chien. Les différences ne sont pas de nature mais de forme. La seule différence fondamentale, à mes yeux, est dans le fait de pratiquer seul ou en groupe. Ce que l’on recherche et ce que l’on vit dans une chasse en solitaire est complètement différent des chasses collectives. On peut tout à fait pratiquer ces deux types de chasse, c’est mon cas mais j’ai rencontré des chasseurs de bécasse qui ne pouvaient pas envisager un seul instant de participer à une battue. L’un d’entre eux était d’ailleurs à la limite de l’ermite asocial !

Hugues de Tressac : Vous-même, à titre personnel, privilégiez-vous un style de chasse, et pouvez-vous l’illustrer avec un souvenir ? 

Denis Plat : J’aime la chasse en général et j’ai pratiqué ou observé beaucoup de modes de chasse différents. Si je devais en privilégier un, ce serait la chasse à l’approche, que ce soit en plaine ou en montagne. Elle implique une connaissance intime du territoire, des animaux qui s’y trouvent et beaucoup de patience et de persévérance. Elle permet de s’immerger profondément dans la nature et c’est probablement le mode de chasse qui nous relie le plus à nos lointains ancêtres, dans la mesure où il va falloir être plus rusé qu’un animal sauvage. Dominique Venner le dit bien mieux que je ne saurais le dire moi-même : “Tout s’y joue en solitaire, seul avec ses émotions, ses ruses, ses craintes, sa décision, sa jubilation ou son désespoir.” 

Mon souvenir le plus marquant de chasse à l’approche est le premier chamois que j’ai enfin pu tirer après de nombreuses sorties infructueuses et quelques milliers de mètres de dénivelé ! C’était un beau tir sur un mâle de cinq ans, ce n’était pas un trophée fabuleux mais c’était mon premier !

Hugues de Tressac : L’acte de chasse est une chose, mais il s’inscrit aussi dans une vie sociale très prégnante. Avec dans bien des cas un mélange des classes sociales que l’on retrouve difficilement ailleurs. Comment expliquer cela ? 

Denis Plat : En effet, la chasse se pratique en général en groupe et un des plaisirs que l’on y trouve est justement de partager ces moments avec d’autres. La chasse est, en France bien plus qu’ailleurs, un facteur de vie sociale. Bien souvent, la société de chasse communale est la seule association qui subsiste dans de nombreuses petites communes rurales. C’est elle qui organise le banquet de fin de saison auquel tous sont invités, chasseurs ou non- chasseurs. Les maires ruraux le savent bien et font ce qu’il faut pour maintenir ce lien. Encore une fois, je cite Dominique Venner qui dit : “Par la chasse, je fais retour à mes sources nécessaires : la forêt enchantée, le silence, le mystère du sang sauvage, l’ancien compagnonnage clanique.” Aller chasser en forêt en groupe est probablement l’activité qui nous relie le plus à nos lointaines origines. 

La chasse est une des activités collectives qui transcende le plus les clivages sociaux. Aujourd’hui, il n’y a plus que le rugby qui peut s’en targuer aussi, alors que le football est devenu un sport de banlieues avec tout ce que cela implique… Dans beaucoup d’endroits, l’agriculteur, l’employé, le cadre et le médecin se retrouvent le dimanche pour aller dans les bois. Et ce qui comptera ne sera pas le statut social des uns ou des autres mais ce sera de partager une passion commune. 

Pourquoi la chasse arrive-t-elle à cela ? Probablement parce qu’elle est profondément inscrite dans nos gènes, c’est elle qui a permis le développement de l’homme du Paléolithique et ceci nous a été transmis. Les armes étaient différentes mais la ruse et la traque sont semblables. 

C’est aussi une activité qui permet de maintenir le lien transgénérationnel. Le grand-père qui initie son petit-fils, le père qui réveille son aîné pour aller parcourir la campagne au petit matin… Beaucoup d’enfants sont encore plus excités que leurs parents à la veille de l’ouverture. D’ailleurs les anti-chasse ne s’y sont pas trompés et leur insistance à vouloir interdire la chasse les mercredis et les week-ends n’est pas fondée, contrairement à ce qu’ils disent, sur des raisons de sécurité pour les promeneurs. David Cormand, un ancien secrétaire général des Verts, l’a dit clairement : “On propose les journées sans chasse pour qu’il y ait moins de transmission avec les plus jeunes.” Ces fossoyeurs de notre culture et de notre civilisation veulent interrompre la transmission de notre passion. 

Hugues de Tressac : Pour autant, l’on dit souvent que la droite c’est le style. De grands chasseurs comme Dominique Venner ou Bernard Lugan en sont l’illustration. La chasse est-elle de droite ?

Denis Plat : Question difficile car, tout dépend de ce que l’on appelle la droite. Pour y répondre plus facilement, partons du postulat que la droite, la vraie, est celle qui défend l’enracinement, la communauté et le maintien de notre identité. Alors, dans ce cas-là, oui, la chasse est “de droite”. Il ne peut y avoir de chasse sans cette volonté d’enracinement dans un territoire et sans sentiment d’appartenance à une communauté. Le “paloumayre” gascon, le gluteur provençal, le chasseur à la hutte de la baie de Somme sont issus d’un terroir et perpétuent une tradition ancrée dans un territoire. C’est la définition même de la droite identitaire, conscience de ses racines, fierté de l’appartenance et volonté de maintenir. 

Il faut aussi souligner que le chasseur, en pratiquant sa passion, va à l’encontre des injonctions du monde moderne qui veut faire de nous des êtres désincarnés, dociles, coupés de nos racines et oublieux de notre identité. En cela, consciemment ou inconsciemment, le chasseur est un rebelle, donc un homme de droite !

Hugues de Tressac : Denis, depuis toujours, l’homme chasse. D’abord pour se nourrir. Pour-tant, seule l’Europe a conceptualisé et dans bien des cas ritualisé l’art de la chasse à ce point. Pouvez-vous nous préciser pourquoi et comment ? 

Denis Plat : Oui, l’homme chasse depuis toujours et des chercheurs ont d’ailleurs montré comment la chasse a fait évoluer le cerveau humain1. Confrontés à la disparition des grands animaux, l’homme a dû faire preuve de plus d’ingéniosité pour chasser des proies plus petites, ce qui s’est traduit par une augmentation du volume du cerveau. 

La chasse art de vivre est apparue au moment où l’homme avait suffisamment développé l’agriculture et l’élevage pour ne plus être dépendant de la chasse pour survivre. Ce n’était plus une nécessité vitale mais la pratique était tellement inscrite au plus profond de ses gènes que l’homme a continué de chasser et en a fait un art de vivre. Cela n’a pas touché toutes les civilisations. C’est en Europe que la chasse a été magnifiée et élevée au rang d’art. Cela est aussi vrai dans une moindre mesure chez les Perses et certains peuples nomades de la steppe eurasiatique. La grande différence est que ces peuples nomades, étant en mouvement permanent pour trouver des pâturages et suivre les migrations du gibier, ne pouvaient s’inscrire dans un territoire précis. L’Européen, lui, s’est sédentarisé très vite et s’est enraciné dans un terroir. Il me semble que c’est l’alliance de l’enracinement et de la capacité intrinsèque de l’homme européen à produire du beau qui a permis de faire de la chasse cet art de vivre aussi riche. 

Ne peut-on voir dans la ritualisation de la chasse une survivance des cultes celtiques à ces divinités zoomorphes dont la plus célèbre est Cernunnos, le dieu-cerf ? Ne faut-il pas voir dans l’admiration que voue le chasseur européen au cerf une survivance du culte qui lui était voué ? En ce qui concerne le sanglier qui, lui aussi, fascine nos chasseurs, n’oublions pas que nos ancêtres celtes partaient à la guerre au son des carnyx, souvent ornés de têtes de sanglier. Ces deux espèces sont encore aujourd’hui le “graal” des chasseurs de grand gibier. Le rituel étant indissociable du spirituel, il y a fort à parier que le cérémonial dont la chasse sait s’entourer lorsqu’elle est bien pratiquée soit en lien avec les cultes de nos ancêtres. Cette transmission, cette longue mémoire ne sont-elles pas une démonstration de cet inconscient collectif dont parlait Carl Gustav Jung ? Il est étonnant et rassurant de constater que le lien avec nos origines peut survivre malgré les vicissitudes de l’Histoire.


“Avec la religion et la guerre, la chasse est sans doute le thème le plus représenté dans l’art européen.”

La chasse art de vivre est incontestablement une caractéristique européenne. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter la superbe villa romaine du Casale en Sicile construite vers 320 ap. J.-C., elle comporte 3 500 m2 de mosaïques dont une grande partie est consacrée à la chasse2. Grecs et Romains avaient fait de la chasse une école du citoyen et un art de vivre ; ils nous ont légué de superbes oeuvres d’art à ce sujet et même des traités philosophiques sur l’intérêt de la chasse pour former les citoyens. Je pense en particulier à Xénophon3 et à son Art de la chasse. On peut aussi s’intéresser à la vie de Gaston Phébus, comte de Foix4 et surtout à son Livre de chasse écrit vers 1380, considéré comme une référence jusqu’au XIXe siècle et qui n’a aucun équivalent ailleurs dans le monde. C’est bien ce prince européen qui a ritualisé, étudié, codifié la chasse et nous a laissé un ouvrage majeur à ce sujet. Cet art de vivre a énormément inspiré les artistes européens, peintres, sculpteurs, écrivains et musiciens. Avec la religion et la guerre, la chasse est sans doute le thème le plus représenté dans l’art européen. Je conseille d’ailleurs de lire le beau livre Art et chasse d’Anne Chevée à ce sujet.

Une des caractéristiques de la chasse européenne est, à mon avis, que le chasseur européen sait et doit faire preuve de mesure à l’inverse de certaines civilisations orientales pour qui la chasse ne se concevait que comme un massacre indistinct. Cette différence fondamentale était déjà notée par Dion Chrysostome, philosophe du IIe siècle ap. J.-C. Celui-ci présente la tradition de l’ascèse cynégétique des Grecs en l’opposant à la chasse perse : “Grâce à la chasse, le corps devient plus résistant, l’âme plus courageuse, l’aptitude à toutes sortes de combats se développe. Pour la chasse, il est nécessaire de monter à cheval, de courir, d’affronter les assauts de bêtes courageuses, de supporter la chaleur, de résister au froid, de souffrir de la faim et de la soif ; grâce à sa passion, le chasseur devient capable de tout supporter avec plaisir. Il n’en va pas ainsi pour la chasse perse. Les Perses s’enferment chaque fois qu’ils le désirent dans leur paradis, ils abattent les bêtes comme dans une prison, sans se fatiguer, sans courir de risques, face à des animaux débiles et encagés. Et ils perdent ainsi la joie de la découverte, l’excitation de prendre les devants et du combat rapproché.”

Ce n’est pas un hasard si c’est Diane-Artémis qui est chez nous la figure mythologique de la chasse, car elle est aussi chargée de protéger la nature. Actéon transformé en cerf pour avoir vue Diane nue au bain est une allégorie du chasseur qui ne sait pas se contenir et est puni pour cela. En Europe, la chasse ne peut se concevoir sans éthique et sans conscience, elle doit être vécue dans les règles. “C’est par la force qu’Artémis défend le royaume inviolable de la sauvagerie. Elle tue férocement les mortels qui, par leurs excès, mettent la nature en péril. Ainsi en fut-il de deux chasseurs enragés, Orion et Actéon. En l’outrageant, ils avaient transgressé les limites au-delà desquelles l’ordre du monde bascule dans le chaos. Le symbole n’a pas vieilli, bien au contraire5.” D’ailleurs l’Église s’est approprié le mythe. Au VIIIe siècle saint Hubert a une vision d’un cerf avec une croix entre ses bois. Aujourd’hui encore les chiens sont bénis lors des messes de saint Hubert, patron des chasseurs.

Un des traits caractéristiques de la chasse européenne est l’importance que revêt le respect accordé au gibier. Respect matérialisé par la présentation du tableau de chasse, rituel plus ou moins élaboré suivant les pays ou les régions, mais qui est indispensable et sert à rappeler aux chasseurs que tout acte de chasse réussi s’inscrit dans une conception organique de notre rapport au vivant. Il est aujourd’hui parfois détourné pour flatter l’égo des chasseurs. Nous devons faire en sorte qu’il reste un symbole de gratitude et de respect.

Hugues de Tressac : Qui dit chasse dit le plus souvent chiens. Chiens en meute ou pas selon le type de chasse, mais chiens typés, sinon créancés, justement pour tel ou tel type de chasse. Pour cela des races de chiens ont été créées depuis fort longtemps, fruits d’une sélection savante, et des critères extrêmement précis sont en vigueur pour pérenniser ces races et leurs qualités propres. Qui n’a pas vu un chien partir à la chasse n’a qu’une piètre idée de ce qu’est le bonheur. Si la chasse venait à disparaître, ces chiens auraient-ils une chance de finir autrement que le caniche, chien de chasse au départ ?

Denis Plat : Le chasseur et ses chiens, voici un sujet presque inépuisable ! L’association du chasseur et du chien est très ancienne. Des gravures rupestres vieilles de 3 000 ans trouvées en Suède montrent déjà des chasseurs à la poursuite de sangliers avec des chiens6. Aujourd’hui, combien de chasseurs ne vont à la chasse que pour faire plaisir à leur chien et pour le plaisir de le voir chercher, broussailler, rapporter, mener…


“Aujourd’hui, combien de chasseurs ne vont à la chasse que pour faire plaisir à leur chien et pour le plaisir de le voir chercher, broussailler, rapporter, mener…”

En effet, les races de chiens de chasse sont nombreuses. Cette richesse vient du grand nombre de modes de chasse pratiqués. Le chasseur de bécasse n’a pas les mêmes besoins qu’un veneur. La société Centrale Canine reconnaît plus d’une trentaine de races de chiens pour la chasse à tir et neuf races de chiens d’ordre (vénerie). Cette variété n’est pas nouvelle. Jules César parle dans ses mémoires des Gaulois chasseurs de grand gibier et de leurs chiens qu’il trouvait tout à fait adaptés. 

Bien entendu, cette richesse disparaîtrait si la chasse devait être interdite ou même seulement réduite à sa fonction de régulation. Plus besoin de chiens d’arrêt, de retrievers, de chiens d’ordre ou de terriers. Quant à ceux qui subsisteraient, ils subiraient le sort de ces chiens qui, victimes de leur “bonne bouille”, sont achetés par des citadins et doivent vivre en appartement. Nous avons tous vu ces beagles devenus obèses promenés en laisse par des personnes qui ne se rendent pas compte que ce chien est fait pour vivre au grand air. Cette forme de maltraitance animale n’est, bizarrement, jamais évoquée par les “zamis des zanimaux”. 

Hugues de Tressac : En France au moins, on constate une explosion du grand gibier et des dégâts afférents sur les cultures et les massifs boisés. Dégâts qui engendrent des indemnités paradoxalement payées par les seuls à limiter cette explosion, à savoir les chasseurs… Lesquels composent avec cette situation, en vertu de l’adage “Qui paie commande”, et compte tenu de la menace qui pèse en permanence sur leur “droit” de chasser. Que se passerait-il s’il n’y avait plus de chasse ? 

Denis Plat : Ce serait une catastrophe à bien des points de vue ! Sur le plan purement matériel, l’arrêt de la chasse signifierait l’explosion des populations de certaines espèces que plus rien ne viendrait réguler. L’argument du loup qui régule les sangliers est d’une stupidité sans borne. Les chasseurs tirent chaque année environ 850 000 sangliers et ce n’est pas suffisant, compte tenu des dégâts que cette espèce cause à l’agriculture. Il faudrait des dizaines de milliers de loups pour en faire autant, ce qui ne serait pas sans conséquence sur l’élevage et sur la sécurité des Français car le loup, étant un prédateur opportuniste, préférera croquer des moutons ou un enfant de temps en temps que s’attaquer à une compagnie de sangliers qui seront bien moins coopératifs. 

L’arrêt de la chasse signifierait aussi que les chasseurs ne seraient plus là pour entretenir les habitats, les biotopes, les zones humides auxquels sont inféodés des milliers d’espèces chassables ou non chassables. Il faut se rendre à l’évidence, ce ne sont pas les tenants du ré-ensauvagement qui le feront du fond de leur canapé et, quand ils le font, ils le font mal ; il n’y a qu’à constater ce que l’association la Tour du Valat fait de la Camargue… 

Ce serait aussi un mauvais coup pour l’économie française, qui n’en pas vraiment besoin en ce moment. Avec plus de 960 000 participants, la chasse contribue à la richesse nationale à hauteur de 3,6 milliards d’€. Les dépenses des chasseurs en 2022-2023 se sont élevées à 4,2 milliards d’€. Ce serait aussi la disparition de milliers d’emplois liés directement ou indirectement à la chasse. 

Pour en revenir aux dégâts du grand gibier et à leur indemnisation, il est indispensable que les chasseurs continuent de les payer et que l’état ne prenne pas en compte ces coûts. Nous serions alors dépendants d’une administration qui aurait des exigences que nous ne pourrions plus refuser. Celui qui paie commande, celui qui “fait la manche” obéit. Il faut, par contre, faire en sorte que tous les territoires, qu’ils soient publics ou privés, contribuent aux indemnisations. Y compris les terrains appartenant à des personnes qui y interdisent la chasse. Je pense entre autres à ces “refuges de vie sauvage” créés sous l’égide de l’ASPAS, une association radicalement opposée à la chasse, qui deviennent des refuges à sangliers. Pourquoi devrions-nous payer des dégâts causés par un propriétaire anti-chasse ?

Hugues de Tressac : Même question pour le petit gibier, sédentaire du moins, qui lui a considérablement diminué depuis le remembrement et son absence de couvert. Sachant que de très nombreuses actions sont entreprises par les chasseurs pour planter des haies et réintroduire du petit gibier, dont les prélèvements sont de par ailleurs très contingentés. 

Denis Plat : Oui, les populations de petit gibier sédentaire ont drastiquement diminué. Mais ce n’est pas la faute de la chasse. La modernisation de l’agriculture, l’artificialisation des sols, l’étalement urbain, la forte expansion des loisirs de nature en sont responsables. Les chasseurs se démènent pour essayer d’enrayer ce déclin car la chasse du petit gibier est l’essence même de la chasse populaire française et fait partie de son ADN. Elle offre des plaisirs que l’on ne retrouve pas toujours dans la chasse du grand gibier. J’ai bien peur que cette mauvaise pente ne soit irréversible. Cela ne concerne d’ailleurs pas que le gibier sédentaire car les zones de nidification ou d’hivernage de nombreuses espèces de migrateurs sont, elles aussi, confrontées à ce problème.

Hugues de Tressac : On ne compte plus les attaques sur la chasse. Ce serait cruel (pour le gibier, mais même pour les chiens), ça menacerait les espèces sauvages d’extinction. Dans les pays pauvres il faudrait la remplacer par des safaris photos pour touristes (sans demander leur avis à ces populations), etc. Ses détracteurs , manifestement ignares en la matière, feraient bien de s’inspirer de votre blog, cela leur éviterait de dire bien des bêtises, mais, en synthèse, que pouvez-vous leur répondre ?

Denis Plat : Si je devais être vraiment synthétique, je leur dirais d’aller au diable ! Nous sommes des adversaires irréconciliables tant nos conceptions du monde sont opposées. 

Évidemment, il faut un peu élaborer cette réponse. En défendant la chasse, je ne m’adresse pas aux irréductibles du camp d’en face mais aux non-chasseurs soumis à cette propagande et exempts d’idées préconçues. Il faut leur dire qu’en voulant tout interdire, les “anti” ne cherchent pas à protéger la nature ou les animaux. Si c’était le cas, ils se rendraient compte que les espèces chassées se portent souvent mieux que les espèces non chassées ; ils verraient ce que font les chasseurs pour la sauvegarde, l’entretien et la restauration des habitats de la faune et des biotopes. Si leur combat était honnête, ils admettraient que les équilibres écologiques sont mieux défendus par les chasseurs que par les partisans du rewilding.


“Ce n’est pas la chasse qui les dérange mais les chasseurs. En s’attaquant à eux et en voulant les faire disparaître, ils préparent l’avènement de l’homme global, de l’homme indifférencié.”

Non, leur combat est autre. Certains avouent même qu’une régulation est nécessaire et qu’il faudrait salarier des professionnels pour cela. Ce n’est pas la chasse qui les dérange mais les chasseurs. En s’attaquant à eux et en voulant les faire disparaître, ils préparent l’avènement de l’homme global, de l’homme indifférencié, de l’epsilon du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Cet homme qui, dépossédé de ses particularités, est en réalité dépossédé de son humanité. La déclaration de la maire de Poitiers est révélatrice des fondements totalitaires de cette famille politique : “L’aérien ne doit plus faire partie des rêves des enfants.” Quand on s’attaque aux rêves, les camps de rééducation ne sont pas loin. 

Un exemple frappant est celui du canton de Genève7 qui a interdit la chasse en 1974. Non seulement on continue à tuer des animaux à Genève mais on le fait de manière hypocrite et incohérente, avec une régulation pratiquée par des gardes-faune fonctionnaires, mais en plus cette interdiction conduit à la disparition d’une espèce. L’exemple de la perdrix grise dans ce canton est une autre démonstration de l’inanité des politiques d’interdiction. Les quelques rares couples nicheurs encore présents ont été décimés par les renards qu’un règlement cantonal interdit de réguler. Résultat, la perdrix grise est aujourd’hui officiellement déclarée éteinte en Suisse.


“Ce sont des gens qui ont conscience de leur appartenance à un monde qui n’est ce qu’il est que grâce à un héritage et à une longue chaîne de transmission.”

Il s’agit pour nos opposants d’un combat politique, d’un combat de civilisation qui nécessite d’éliminer les rebelles, les résistants, les opposants à ce monde désincarné. Les cibles des “anti” sont claires : chasseurs, pêcheurs, éleveurs, aficionados, cavaliers… Ce sont les tenants d’un monde dans lequel les liens avec la nature sont réels. Ce sont des gens qui savent que la nature n’est pas un film de Disney où Bambi gambade joyeusement jusqu’à ce que le méchant chasseur vienne perturber son Eden. Ce sont des gens qui ont conscience de leur appartenance à un monde qui n’est ce qu’il est que grâce à un héritage et à une longue chaîne de transmission. Ce sont aussi des gens qui savent que l’existence ne se résume pas à l’instant présent et qui font le lien entre la vie et la mort, et ainsi appréhendent l’existence dans sa globalité. Comme le dit Dominique Venner : “Méditant sur l’urbanisation extrême de nos sociétés où l’agriculture technicienne a rompu elle-même le lien immémorial avec la nature, le sociologue Bernard Hervieu en arrive à penser que les chasseurs et les pêcheurs sont les seuls à préserver un lien culturel indispensable avec l’animal, la proie, la vie et la mort.” 

Lorsque les anti-chasse prétendent que la chasse ferait disparaître des espèces sauvages, je les mets au défi de me citer une espèce qui a disparu à cause de la chasse loisir. C’est le contraire qui se passe. Si on étudie les choses sereinement et objectivement, on se rend compte qu’il n’y a jamais eu autant, par exemple, de cerfs et de chevreuils en France et que ceci vaut dans bien d’autres pays. 

Un des principaux objectifs des anti-chasse est de faire interdire la “chasse aux trophées”. Pour eux, c’est le comble de l’abomination. Pour cela, ils n’hésitent pas à mettre en avant le fait que, selon eux, ce serait une chasse de “riches” et ils espèrent ainsi obtenir des soutiens en jouant sur le ressentiment social, comme ils le font aussi en s’attaquant à la vénerie. 

Malheureusement pour eux, cette chasse aux trophées s’avère être bénéfique pour les espèces concernées8. C’est particulièrement vérifiable en Afrique. J’avais interviewé il y a quelques mois une socio-anthropologue suédoise, Erica von Essen9, qui s’est beaucoup intéressée à la chasse dans ses travaux et elle avait déclaré : “Cependant, le tourisme cynégétique et l’industrie de la chasse au trophée génèrent d’énormes avantages. Aucune autre industrie de loisirs dans la nature ne peut rivaliser avec elle en termes de contribution économique aux communautés locales et à la conservation de la faune et de la flore sauvages. Elle préserve les terres d’utilisations plus néfastes. Certains animaux doivent mourir pour cela, mais leurs espèces et leurs habitats sont préservés pour l’avenir. » 

Elle a très bien résumé les enjeux de ce mode de chasse. 

D’ailleurs, les opposants les plus farouches à ces tentatives d’interdiction sont les pays d’Afrique australe, qui savent ce qu’ils doivent à cette chasse. Ils dénoncent avec justesse l’hypocrisie et le paternalisme des activistes anti-chasse occidentaux et disent, à juste titre, qu’ils sont quand même les mieux placés pour juger de l’utilisation correcte de leur faune sauvage10

Cette activité est tellement efficace en matière de protection de la biodiversité que les grandes organisations de conservation de la Nature comme l’UICN (Union Internationale de la Conservation de la Nature) et le WWF international l’acceptent même pour des espèces rares (ou qui l’étaient) comme les Markhors. Ils l’appellent dorénavant la “chasse-conservation”. 

Je me réfère souvent à un exemple frappant lorsqu’il s’agit de parler de chasse aux trophées. Lorsque la Tanzanie, pays dans lequel ils ne sont pas chassés, a voulu réintroduire des rhinocéros qui avaient disparu à cause du braconnage, elle a fait appel à des pays qui en autorisent la chasse, comme la Namibie et l’Afrique du Sud. 

Voici quelques chiffres qui démontrent l’efficacité de la chasse-conservation. Lorsque des pays autorisent ce type de chasse, les effectifs d’animaux augmentent car les populations locales y trouvent leur compte, les gouvernements en bénéficient et investissent dans la lutte anti-braconnage.

À l’inverse, l’interdiction de la chasse, comme au Kenya, favorise le braconnage et multiplie les conflits entre les habitants et la grande faune, ce qui pousse les locaux à se débarrasser par tous les moyens de ces nuisances et les grands animaux disparaissent petit à petit. D’ailleurs, au Kenya, comme chez nous, l’interdiction de la chasse est motivée par l’idéologie. Paul Udoto, le directeur de la communication de Kenya Wildlife Service a déclaré :“La chasse, en tant que loisir, ne fait pas partie de la culture africaine, c’est une tradition coloniale.” 

La principale menace pour les animaux est la destruction ou la surexploitation de leur habitat et ceci vient en contradiction totale avec un des arguments des opposants à la chasse qui est de dire que les safaris photos génèrent aussi des revenus et qu’ils ne tuent pas d’animaux. C’est méconnaître l’impact écologique réel de l’un et de l’autre. Le tourisme de vision tel qu’il est pratiqué au Kenya est une hérésie écologique.


“Le tourisme de masse dans ces parcs génère un dérangement considérable de la faune.”

Contrairement à ce que disent les opposants à la chasse, le tourisme photographique ne rapportera jamais autant d’argent et dérangera bien plus la faune que la chasse. On considère qu’en Afrique, le chasseur et son guide sont seuls sur un espace de plus de 10 000 hectares alors que les parcs nationaux du Kenya accueillent 1,3 touriste à l’hectare ! Le tourisme de masse dans ces parcs génère donc un dérangement considérable de la faune sans parler de la pollution des véhicules utilisés pour balader ce petit monde, des hôtels pour les héberger, des piscines pour leur confort et des déchets que cela génère. 

Les revenus de ce tourisme de vision ne sont pas aussi élevés que ceux de la chasse sportive. Le Kenya ne retirait annuellement que 50 millions de dollars de cette activité alors que l’Afrique du Sud obtient trois fois plus rien qu’avec la chasse. “La chasse génère plus d’argent par client que le tourisme. Elle cause moins de perturbations de l’environnement, moins de construction d’habitats pour accueillir les visiteurs”, indique une étude conduite par le docteur Peter Lindsey, chercheur zimbabwéen spécialiste des questions de conservation. 

Hugues de Tressac : Un grand merci, Denis, pour cette mise en perspective de la chasse, tradition ancestrale et populaire s’il en est. Là aussi, l’on voit bien que le combat autour de cette thématique relève strictement de l’idéologie, aux antipodes du réel, et qu’il s’agit d’un défi anthropologique.


Pour en savoir plus sur Terre & Peuple : https://www.terreetpeuple.com/le-magazine-la-revue-de-tp.html

  1. Comment la chasse a fait évoluer le cerveau des premiers hommes ↩︎
  2. L’antique villa romaine d’un chasseur passionné ↩︎
  3. La chasse, « école agréable de la guerre » ↩︎
  4. Gaston Phébus, prince chasseur ↩︎
  5. Dominique Venner, Le Dictionnaire amoureux de la chasse, Plon (2000). ↩︎
  6. La chasse aux chiens courants il y a 3000 ans ↩︎
  7. Genève, le canton « sans chasse » contraint de réguler ses cerfs… ↩︎
  8. Interdire la chasse aux trophées est une très mauvaise idée pour la biodiversité ↩︎
  9. Interview. Erica von Essen, socio-anthropologue, étudie la chasse et les chasseurs. ↩︎
  10. Les pays d’Afrique australe s’opposent au projet de loi anti-chasse du Royaume-Uni ↩︎

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