Lors du congrès de la fédération nationale de la chasse, Willy Schraen a prononcé un discours combatif qui a séduit les auditeurs présents ainsi que quelques commentateurs. Ce n’est pas la première fois que le président de la FNC élève la voix depuis son entrée en fonction, il le fait d’ailleurs assez régulièrement, mais est-ce suffisant et ne s’indigne-t-il pas des répercussions de ce qu’il a validé ?
Se révolter contre certaines réalités que l’on a pas combattu ou que l’on a même favorisé comme la création de l’OFB, se plaindre d’études scientifiques jugées partiales et biaisées sans leur opposer d’études plus sérieuses, s’insurger contre le non-paiement d’un budget annoncé pour compenser les dommages causés par le grand gibier sans « monter au créneau » contre l’auteur des promesses peut paraître vain et stérile.
Bossuet disait « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l’approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. »
Alors oui, il faut hausser le ton mais ce n’est pas suffisant ; la forme ne doit pas l’emporter sur le fond. Nous savons que Willy Schraen est un défenseur acharné de la chasse, il l’a maintes fois démontré et nous l’en remercions mais il est temps qu’il se rende compte qu’il a mal placé sa confiance et qu’il a été abusé par un pouvoir politique adepte du double langage.
La charge contre l’OFB
Une des charges les plus virulentes du président de la FNC lors de son discours fut dirigée contre l’OFB. Il constate les dérives de cet organisme « qui se verdit de plus en plus ».
« Oui, je suis fâché contre l’établissement public. Pas sur un coup de tête, suite à un désaccord ponctuel mais parce que le mal est malheureusement plus profond. »
Non, l’OFB ne se verdit pas de plus en plus, il est vert depuis le début. Et ce ne devrait pas être une surprise quand on sait d’où vient l’OFB. Cet office est né de la fusion entre l’ONCFS et l’AFB. Qui était le directeur de l’AFB au moment de cette création ? C’est un certain Christophe Aubel, antichasse acharné, directeur de Humanité et biodiversité (association qui s’appelait auparavant le ROC, Rassemblement des opposants à la chasse), bénévole à la LPO et à France Nature environnement. Il faut aussi noter que c’est lui qui était directeur général délégué mobilisation de la société, poste maintenant occupé par Anne Le Strat. On note une certaine continuité dans le choix des profils de direction…
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A ce propos, lorsque certains députés se sont insurgés contre cette nomination, le gouvernement a annoncé haut et fort lancer une enquête administrative à ce sujet. Bizarrement, les conclusions de cette enquête ont été moins médiatisées. La mission d’inspection lancée par Matignon en janvier 2026 a conclu en mars que « la nomination d’Anne Le Strat ne fait apparaître aucune irrégularité1.« Cette activiste restera donc en poste. Encore une claque aux agriculteurs et aux chasseurs de la part de l’OFB et du gouvernement. N’oublions pas que c’est le directeur général, Olivier Thibault qui l’a nommée.
La création de l’OFB a acté la disparition de l’ONCFS. « J’ai mis un coup de couteau dans le vieux contrat de mariage qui nous liait à l’ONCFS, parce qu’il n’y avait aucune solution qualitative qui s’offrait à nous. » déclarait alors le président le la FNC. De quelle qualité parlait-il ? Celle de Christophe Aubel et des salariés de l’AFB qui sont peu ou prou sur la même ligne anti-chasse que leur directeur ?
Nous constatons tous les jours que la disparition de l’ONCFS est préjudiciable à la chasse. Certes, cet office n’était pas parfait et nous n’y comptions pas que des amis. Un certain Pierre Athanaze, co-fondateur le l’ASPAS a été pendant 10 ans salarié de l’ONCFS. Mais c’était sans doute bien moins grave que la situation qui prévaut maintenant au sein de l’OFB.
« La FNC se félicite du lancement officiel de l’OFB. »
Si le président Schraen critique aujourd’hui l’OFB, ce n’était pas le cas en 2020 au moment de sa création. J’en veux pour preuve ce communiqué de presse du 14 février 20202 titré « La FNC se félicite du lancement officiel de l’OFB. » et qui se termine par « Pour Willy Schraen, président de la FNC : Cette réforme va franchement dans le bon sens.«
Rappelons que le conseil de direction de l’OFB ne comprend que 3 chasseurs pour 41 membres. Le lot de consolation pour la disparition de l’ONCFS est faible. Si encore il faisaient leur travail de contrôle… A ce propos, Willy Schraen s’offusque, à juste titre, que l’OFB distribue des subventions à des associations antichasse.
« Cerise sur le gâteau, la distribution de subventions à des structures militantes très actives contre les fédérations de chasseurs. […] Il est inconcevable que nous continuions de contribuer au budget de l’OFB dans ces conditions. […] A hauteur de 55 millions d’euros ! »
Le président déclare avoir découvert le pot aux roses après que trois députés se soient indignés à ce propos. Que font donc nos représentants au conseil de direction de l’OFB ? Certes ils ne sont que 3 mais on est en droit d’attendre qu’ils exercent plus sérieusement leur mission. Il eut été normal que ce soit eux qui avertissent le président Schraen. Il faut aussi noter que les député en question sont Jordan Guitton, Hélène Laporte et Philippe Lottiaux, tous trois membres du RN, parti contre lequel l’éphémère Alliance Rurale avait réservé une grande partie de ses attaques lors de la campagne électorale des européennes de 2024.
Permis de chasser et police de la chasse
« Il est temps de reprendre la main sur l’entièreté de notre permis de chasser, […], je souhaite que la police de la chasse nous soit intégralement redonnée. »
Selon Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, cette proposition ne serait pas légale : « En tout état de cause, cette évolution n’est pas possible en l’état du droit actuel. » De plus, on peut se demander si les fédérations départementales auront les moyens d’absorber ce surcroit de charges en cas de transfert. Quant à la police de la chasse, il y a déjà des fédérations qui ont des agents en charge de cette police mais d’autres (la majorité) ont fait le choix de ne pas en avoir. Seules 26 fédérations ont des agents de développement (soit environ 300 agents au total) et seulement 24 en ont qui sont assermentés. Avoir la responsabilité du permis de chasser et de la police de la chasse impliquerait une augmentation substantielle des effectifs des FDC et donc des budgets nécessaires. Les chasseurs sont-ils prêts à voir le coût du permis s’envoler ?
La collaboration OFB – Fondation François Sommer
« C’est quoi cette étude sur la sarcelle d’hiver que l’OFB veut lancer avec la fondation François Sommer sur l’idée de la mise en place d’un éventuel quota. […] C’est à la FNC de mener ce genre de choses. »
Le président pointe du doigt une dérive inquiétante et déjà constatée de la Fondation François Sommer. Avec l’arrivée de son nouveau président, Henri de Castries, le mot chasse a disparu de toute la communication externe de la fondation et celle-ci donne la parole lors de ses colloques à des journalistes ouvertement anti-chasse comme Denis Cheissoux3. Que se passe-t-il ? Pourquoi ce changement de cap ?
Quant à dire que ce soit à la FNC et seulement à la FNC de mener ces études, c’est excessif et il faudrait pour cela que la FNC ait fait la preuve de sa capacité à publier des études solides.
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Les études scientifiques.
Lors de son discours, le président en a profité pour dire le plus grand mal d’une étude publiée par le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN). Il a bien raison, cette étude présentée comme scientifique ne l’est pas et n’est qu’une étude à charge contre la régulation des ESOD. D’ailleurs, un de ses auteurs l’avoue lui-même sur Linkedin , « c’est une étude engagée. »
Willy Schraen dit à juste titre que cela n’a qu’une utilité ; démontrer que les chasseurs et piégeurs, qui sont bénévoles, déboursent environ 130 millions d’euros pour l’intérêt général.
Au-delà de cette critique justifiée, il serait bon que la chasse ne soit plus en permanence en réaction mais qu’elle soit pro-active en matière d’études scientifiques. Certes, nous collectons beaucoup de données mais que deviennent-elles ? Sont-elles utiles ? Donnent-elles lieu à de vraies études scientifiques et à des publications ? Rappelons que la clé de voûte du processus scientifique est l’édition scientifique. Elle va permettre à un chercheur de promouvoir son travail et à la communauté scientifique de le juger. La finalité de ce processus est de fabriquer un consensus scientifique sur les connaissances. L’une des étapes les plus importantes pour cela est la “revue par les pairs” ou “peer review« . Combien d’études initiées par la FNC ou faites sous son patronage ont-elles été publiées et ont fait l’objet de revue par les pairs ? On peut se poser la question de savoir à quoi sert le conseil scientifique de la FNC. Lors d’une interview pour Chroniques cynégétiques, le président de la FDC des Hautes-Pyrénées en parlait assez durement : « C’est tout sauf un conseil scientifique, parce que les gens qui y participent ne sont pas des scientifiques, ni des biologistes. On ouvre la porte à n’importe qui. Depuis neuf ans que ce conseil scientifique existe, il n’a pas fait une seule publication. Si on est scientifique, il faut faire des publications pour être crédible. » (Jean-Marc Delcasso)
A l’inverse, les auteurs de l’étude critiquée par Willy Schraen et l’ensemble du monde de la chasse ont mis en oeuvre ce processus bien que leur travail soit partial et biaisé. L’étude4 est publiée en anglais par Science direct qui est la plateforme de référence qui permet d’accéder au texte intégral des publications scientifiques relues par des pairs.
Ne serait-il pas temps de passer à la vitesse supérieure et de s’inspirer du modèle anglais avec leur Game and Wildlife Conservation Trust5 qui existe depuis 90 ans et produit de nombreuses études scientifiques6 en faveur de la chasse. Cet organisme met la science au service de la gestion du gibier et de la faune sauvage, élément essentiel de la conservation de la nature. Il développe des techniques de gestion du gibier et de la faune sauvage fondées sur la recherche scientifique. Il a aussi un rôle de conseil en faisant connaitre son travail aux défenseurs de l’environnement, aux agriculteurs et aux propriétaires fonciers afin de valoriser la campagne britannique et sa faune sauvage dans l’intérêt général. Et surtout, il influence la politique gouvernementale en s’appuyant sur des données scientifiques solides qui permettent d’élaborer des politiques efficaces.
Dégâts grand gibier
« L’addition est salée, 100 millions d’euros en moyenne. […] J’en profite pour dire à notre ministre de tutelle, madame Barbut, qu’elle nous doit de l’argent, 10 millions. […] Malgré les signatures en bas de la page, nous n’avons pas été payés. »
Oui, le gouvernement a fait des promesses et même signé un accord et il semble ne pas en respecter les termes. Ce n’est pas une surprise quand on observe le mode de fonctionnement des gouvernements depuis 2017. Avec un président adepte du « en même temps », il ne peut y avoir de ligne claire et donc de confiance. Le président de la FNC devrait le savoir, lui qui a pourtant soutenu le candidat puis le président Macron depuis le début et qui a été si mal récompensé.
C’est le candidat Macron qui déclarait en 2017, lors de la campagne des présidentielles, qu’il allait accorder toute sa considération à la chasse. Il n’en fallait pas plus pour que le président de la FNC tombe sous le charme.
« Sa famille et sa belle-famille sont des gens très chasseurs, rappelle Willy Schraen. Il assume. C’est un président qui n’a pas de permis de chasser, mais qui se rend à Chambord pour assister aux tableaux de chasse. Il s’y sent bien, même avec la boue et le sang des sangliers morts. C’est une bouffée d’oxygène pour nous, les chasseurs. » Un engagement a même été écrit et signé lors de la campagne des législatives de juin 2017, une sorte de pacte que le président de la FNC, Willy Schraen, brandissait comme un trophée. « On a signé un accord politique de 30 mesures avec La République en marche. Je suis persuadé que le chef de l’État tiendra ses engagements dans ce domaine. »
Patratras ! À peine installé à l’Élysée, les désillusions commencent avec en particulier la nomination de Nicolas Hulot au ministère de l’écologie qui est notre ministère de tutelle. Ce poste sera ensuite occupé par des personnes qui n’ont aucune sympathie pour la chasse comme Barbara Pompili, Élisabeth Borne, Agnès Pannier-Runacher et maintenant Monique Barbut, une ancienne du WWF. On se rappelle aussi de la secrétaire d’État Brune Poirson qui volait au secours de Pierre Rigaux lors d’une de ses manipulations visant à accuser les chasseurs (l’affaire du renard).
Alors, non, président Schraen, il n’y a rien de surprenant à ce qu’un tel gouvernement vous fasse lanterner. Ce qui est surprenant, c’est que vous lui accordiez encore de la confiance.
L’Union européenne.
Le président de la FNC a aussi vertement critiqué l’Union européenne, là aussi à juste titre. Certaines de ses attaques sont frappées au coin du bon sens et sont tout à fait justifiées. On croirait entendre un souverainiste…
« Il est évident que l’Europe est aujourd’hui une structure technocratique totalement déconnectée des spécificités qui forment la diversité des territoires européens. »
« Uniformiser nos modes de vie au sein de l’Europe n’est pas anodin, ce n’est pas seulement nous emmerder, […], c’est progressivement effacer nos racines… »
« La volonté européenne c’est de vouloir sans cesse cadrer nos vies, interdire, réglementer et fabriquer des normes. »
Mais alors, si l’Union européenne est coupable de tous ces maux, pourquoi en avoir fait la promotion lors de la campagne des européennes avec l’Alliance rurale ? Si l’UE est vraiment cette machine à broyer les identités pourquoi ne pas avoir demandé à en sortir ou à limiter ses prérogatives lors de cette campagne de 2024 ? Au contraire, si on se plonge dans le « programme » diffusé à cette époque, on constate que l’UE est souvent considérée et montrée comme une solution et que beaucoup des mesures proposées par l’Alliance Rurale sont envisagées, non pas au niveau national, mais au niveau européen7. Pourquoi promouvoir cet effacement de la Nation pour s’en plaindre ensuite ? Voici quelques exemples tiré du programme de l’Alliance Rurale.
- Accessibilité numérique équivalente pour les citoyens européens8.
- Réhabilitation du réseau ferroviaire européen à destination des territoires ruraux.
- Création d’un statut fiscal attractif pour valoriser le monde associatif au niveau européen.
- Plan d’investissement européen pour mettre aux normes les abattoirs de proximité.
- Agriculture : Plan d’investissement européen de 100 milliards sur 20 ans pour trouver des solutions durables à nos outils actuels.
- Pour la souverainteté alimentaire, faire cause européenne…
- Remettre l’énergie nucléaire au centre de la statégie européenne.
- Inscrire les pratiques traditionnelles européennes au patrimoine mondial de l’UNESCO.
- Et le plus grave en matière d’abandon de souverainetré : création d’un Service National Universel européen.
- Etc, etc…
Cette incohérence est surprenante de la part d’un homme maintenant rompu aux arcanes de la politique.
La conclusion qui saute aux yeux est que, ce qui énerve le président Schraen maintenant, provient souvent de choix politiques qu’il a appuyés depuis le départ ou de décisions qu’il n’a pas su ou voulu prendre.
- Nomination d’Anne Le Strat à l’OFB : la mission d’inspection n’aurait relevé « aucune irrégularité » ↩︎
- Communiqué de presse – La FNC se félicite du lancement officiel de l’OFB. ↩︎
- L’incroyable odyssée des oiseaux migrateurs dans le monde.
↩︎ - Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France ↩︎
- Game and Wildlife Conservation Trust ↩︎
- Sur leur site, la liste des études scientifiques produites est impressionnante : Scientific Publications ↩︎
- Le programme de l’Alliance Rurale ↩︎
- Outre le fait qu’il n’y a pas de « citoyens » européens puisqu’il n’y a pas de citoyenneté européenne mais seulement nationale, que d’autre part, certains européens sont citoyens, d’autres des sujets puisqu’il y a des monarchies au sein de l’Union, que nous importe l’accès au numérique des estoniens ou des grecs ? ↩︎
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