La bouvine est un phénomène unique au monde ! Elle est présente dans quatre départements (l’Hérault, le Vaucluse, le Gard et les Bouches-du-Rhône) elle fait partie du patrimoine de cette terre. C’est l’histoire d’une relation millénaire entre l’homme et le taureau. On peut dire aussi que c’est un art de vivre. Il a été codifié au début du XXème siècle par le marquis Folco de Baroncelli1. L’aspect le plus connu de la bouvine est la course camarguaise.

À l’occasion du week-end de Pâques, le Club taurin Aramonais (créé en 1922) ouvrait sa saison taurine avec trois courses camarguaises, dans les arènes Claude Rame. Vous pourrez voir quelques photos de l’évènement dans le diaporama ci-dessous.

Chroniques cynégétiques a eu la chance d’interviewer Tom Leperchois, président du club taurin aramonais et Benjamin Bini, manadier.

Tom Leperchois a pris la présidence du club taurin d’Aramon il y a un an maintenant. Le club est né en 1922 et utilise les arènes Claude Rame construites en 1900. Tom est un des plus jeunes présidents de clubs taurins et il veut rester fidèle aux valeurs qui l’animent depuis sa création, fidélité, passion et partage. La jeunesse est probablement ce qui caractérise ce club taurin et c’est un message fort et clair, la bouvine à de beaux jours devant elle !

Benjamin Bini, un ancien raseteur s’est associé en 2018 à Daniel Didelot pour constituer la manade Didelot Langlade qui compte 380 bêtes sur 500 hectares. Depuis sa jeunesse, il a toujours trempé dans ce milieu. Il a su très tôt que sa vie serait consacrée à la bouvine. D’abord comme raseteur qui avait la réputation de faire briller les taureaux puis, avec trois de ses amis, il a créé l’école taurine de Bouillargues. Le voici maintenant manadier, profession dans laquelle il va mettre tout son savoir au service de cet art de vivre et de ce patrimoine.

Les origines, l’évolution.

Les jeux taurins existent depuis la plus haute antiquité, surtout dans le bassin méditerranéen. Dans les mas, au moyen-âge, les valets de ferme se réunissaient pour jouer et combattre avec des taureaux. La plus ancienne course connue est celle de 1402 à Arles, qui avait été organisée en l’honneur de Louis II Comte de Provence. A la fin du XIXème siècle, les jeux s’organisent. On commence à fixer des objets aux cornes des taureaux (fleurs, foulards, rubans, cocardes … quelquefois des saucissons et autres victuailles !). C’est à cette époque que la race de taureau de Camargue acquiert ses lettres de noblesse. Notamment grâce à Folco de Baroncelli-Javon, disciple de Frédéric Mistral, la Camargue, sa faune et son histoire sont redécouvertes. Rapidement des « plans » (arènes) deviennent ces lieux d’affrontements entre l’homme et la bête. A cette époque, dans les manades on se contentait de ranger des charrettes en cercle et les arènes étaient prêtes !

Les manadiers améliorent petit à petit la race de ces taureaux (bióu) pour sélectionner les plus combatifs. On repère les taureaux de qualité, on les suit, on les soigne comme les athlètes qu’ils sont. Rapidement on fixera des règles, des primes seront attribuées aux hommes passés maitres dans l’art du raset.

La Fédération Française de Course Camarguaise est actuellement l’instance officielle qui règlemente l’ensemble des courses. Chaque année un millier de compétitions sont organisées dans les quatre départements, vous pouvez retrouver le calendrier2 de la temporada (saison) en allant sur le site de la fédération.

Qu’est-ce qu’une course camarguaise ?

Les arènes de fortune, faites de charrettes sont maintenant remplacées par de véritables gradins bâtis dont le pourtour est protégé par des barricades peintes en rouge. Les taureaux (bióu) sont en attente dans le toril : c’est un lieu fermé où chaque taureau se voit attribuer un compartiment. Au dessus du toril se trouve la présidence, sorte d’estrade où se placent les juges et personnages importants invités au spectacle. Entre les gradins et la barricade se trouve la contre piste, ici peuvent se tenir les manadiers, les raseteurs et certains afeciuounas.

Une course camarguaise se déroule selon un rituel immuable.

L’ABRIVADO : c’est l’arrivée des taureaux depuis leur lieu de pâturage. Aujourd’hui, ils arrivent en camion, mais pour perpétuer la tradition, les gardians traversent encore le village ou une partie de la ville en encadrant les taureaux. Les gardians sur leur monture encadrent le troupeau de taureaux et le lancent au galop. Arrivés aux arènes les taureaux sont enfermés dans le toril.

LA CAPELADO : les raseteurs défilent sur l’air de Carmen, ils saluent le public et la présidence : Il s’agit du jury composé d’un président et de deux assesseurs qui veillent au respect des règles de la course, ils sont également chargés d’annoncer les primes.

Au premier coup de trompette la porte du toril s’ouvre et jaillit le premier taureau. Il s’élance dans l’arène, ébloui par le soleil, il dispose d’une minute pour s’habituer à la lumière et faire une reconnaissance des lieux.

Au deuxième coup de trompette, les raseteurs entrent en scène. Grace à leur agilité et leur savoir-faire ils doivent essayer de se saisir des attributs du taureau. Pour y parvenir, le tourneur provoque l’animal pour le forcer à prendre une position qui permettra au raseteur de le croiser, le mettant ainsi dans une position favorable pour essayer de se saisir des attributs.

LES ATTRIBUTS : Ce sont des objets fixés aux cornes et sur le frontal de la bête. Leur forme, texture, couleur et fixation suivent des règles précises. L’enlèvement des attributs se fait selon un ordre défini : la cocarde, les glands puis les ficelles. Pour parvenir à ôter ces attributs le raseteur utilise un crochet métallique. Une fois enlevés, ils sont comptabilisés ce qui permet aux raseteurs de totaliser des primes et des points. Les primes sont offertes par les sympathisants des clubs taurins mais aussi par toutes les personnes qui le souhaitent.

Le taureau reste au maximum 15 minutes en piste. Une troisième sonnerie indique le retour du taureau au toril qu’il soit dépouillé ou non de tous ses attributs. On dit qu’il a couru »son quart d’heure ». Il arrive que le taureau refuse de rentrer au toril, on appelle alors le Simbèu, c’est un bœuf, conducteur de la manade avec une sonnaille autour du cou. Généralement le cocardier le suit et rentre au toril. Si ce n’est pas le cas un gardian vient guider l’animal avec le fer (trident). 

Une course ou RASET comporte six « combat » d’un quart d’heure. A l’issue de la course quelquefois une vachette est lâchée pour la jeunesse et les apprentis raseteurs.

LE RASET : Il s’agit de la technique employée par les raseteurs, en « rasant » le taureau pour lui arracher ses attributs. On peut dire que le raset se compose de 4 phases :

  • 1° temps : le tourneur, souvent un ancien raseteur, attire l’attention du taureau avec des gestes et des cris, pour bien le placer face au raseteur. C’est un temps de préparation où l’homme étudie son adversaire, il se met en position dans l’arène.
  • 2° temps : le raseteur démarre sa course et déclenche sa charge face au taureau.
  • 3° temps : l’homme et la bête se croisent, c’est la rencontre. Avec son crochet le raseteur tente d’enlever les attributs.
  • 4° temps : c’est la fuite de l’homme vers les barricades. Le bon COCARDIER (taureau de combat) poursuit son adversaire, et lorsque emporté par son élan et par sa vitesse, il engage la tête ou le poitrail au dessus des bois, cette action s’appelle le « coup de barrière », c’est la phase la plus spectaculaire qui peut soulever des ovations et est saluée par la musique de CARMEN.

LA BANDIDO : à la fin de la course, le taureau regagne sa manade, ses prés et ses congénères. La bandido, c’est le retour vers le camion. Comme pour l’abrivado, il s’agit pour les gardians d’accompagner la troupe de bióu au galop vers les prairies paisibles où ils vont jouir d’un repos bien mérité. Un quart d’heure de travail pour des jours de liberté dans les pâtures. Contrairement à ce qui se passe pour les corridas, il n’y a pas de mise à mort du taureau, il est plus vénéré que les raseteurs. On le voit sur les affiches, le nom des taureaux est écrit en plus grands caractères. Si l’animal est blessé au cours du raset, les raseteurs font signe à la présidence qui ordonne la suspension de toute action. Le manadier vient examiner son animal, et décide s’il poursuit ou non la course.

LA MUSIQUE : deux sonneries rythment les phases du raset : il s’agit de l’Er di bióu (l’air des taureaux) et de l’entrée de Carmen, l’opéra de Bizet qui marquera un acte de bravoure de l’homme ou de l’animal ou la prise des attributs ou un saut particulièrement spectaculaire.

Il ne vous reste plus maintenant qu’à aller assister à une course camarguaise et à vibrer avec le public lors des exploits des raseteurs et des bonds des taureaux. Ce sera aussi l’occasion de vous rappeler que « Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut. » (Frédéric Mistral)


  1. « J’ai voué ma vie à un idéal: la Provence, et je n’ai embrassé mon métier que pour mieux servir cet idéal, pour me trouver plus près du peuple provençal, pour mieux arriver jusqu’à son cœur et pour mieux l’aider à sauver son passé de gloire, sa langue et ses coutumes.” Folco de Baroncelli ↩︎
  2. Retrouvez les courses camarguaises proches de chez vous ! ↩︎


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