Depuis que Keir Starmer et les travaillistes sont arrivés au pouvoir au Royaume-Uni, il n’y pas de mois sans qu’une nouvelle mesure vexatoire, restrictive ou carrément nuisible aux zones rurales ne soit proposée ou envisagée. Cette gauche britannique semble vouer une profonde haine aux gens des campagnes et à leur mode de vie.

L’économie rurale mais aussi les traditions, les modes de vie, si bien dépeints par Cecil Aldin1 sont en danger critique. Ils devraient être inscrit sur la liste rouge de l’UICN comme espèce en voie d’extinction. Ces attaques ne sont pas un hasard, il s’agit de détruire le dernier rempart contre la société que veulent nous imposer certains politiques.

La ruralité attaquée par des idéologues

Pour certains idéologues la campagne est un anachronisme humain et social dont il faut se méfier, voire qu’il faut faire disparaître. Dans les musées on affiche des avertissements expliquant que certains tableaux dépeignant la campagne anglaise du XIXème siècle peuvent susciter des sentiments « nationalistes et xénophobes » car ils montrent un monde «  blanc et hétéronormatif. »2

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On susurre aux habitants des zones rurales que leurs chiens sont des obstacles à l’intégration de tous ces futurs « ingénieurs » si généreusement accueillis par le gouvernement. Le parti travailliste envisage d’interdire le trail hunt (cette forme de chasse à courre derrière un leurre qui existe depuis que Tony Blair3 a fait voter le Hunting ban interdisant la vraie chasse au renard). La protection animale n’est qu’un prétexte, il faut faire disparaître la classe sociale qui pratique cette chasse. L’octroi des permis pour les armes de chasse va être complexifié4. La taxe sur les exploitations agricoles familiales, dont l’impopularité à l’échelle nationale a contraint le parti travailliste à faire volte-face quant à sa forme définitive, vise clairement à anéantir les familles d’agriculteurs. Les pubs de campagne risquent de disparaître à cause des mesures annoncées par la gauche au pouvoir (hausse des cotisations sociales, réduction des allègements fiscaux sur la taxe foncière, taxe sur la bière.)

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Attardons-nous un peu sur ces pubs, ils sont un symbole de la campagne britannique. Selon la British Beer and Pub Association (BBPA), plus de 5 600 emplois seront supprimés suite à la fermeture prévue cette année de quelque 378 pubs au Royaume-Uni. Quand on connait le rôle et l’importance du pub dans la campagne anglaise, c’est un véritable coup de massue. Les pubs à travers tout le pays jouent un rôle essentiel. Ils fournissent plus d’un million d’emplois à travers la Grande-Bretagne. Leur importance économique est évidente : plus de 34,4 milliards de livres injectés dans l’économie et plus de 17,4 milliards de livres en impôts en seulement un an. Mais tout aussi importante, voire davantage, est leur valeur en tant que points de ralliement des communautés locales. Lorsque des groupes d’amis veulent se retrouver pour passer un moment de détente, la première étape est souvent le pub, que ce soit pour prendre un verre le samedi après-midi, déguster un rôti le dimanche ou boire une pinte après le travail.

Tuer les pubs de campagne, c’est clairement vouloir la mort de la campagne telle qu’elle existe depuis des siècles. 

Des panneaux solaires plutôt que des territoires de chasse

Le 18 mars dernier, le parti travailliste a publié son plan d’aménagement du territoire. Plus de 200 000 hectares seront réservés à des panneaux solaires, neuf pour cent des terres agricoles sont destinés au ré-ensauvagement. Et, cachée à la page 45, une proposition visant à soumettre la chasse aux gibier à plume à un régime d’autorisation, ce qui pourrait restreindre les lâchers de faisans et de perdrix dans les domaines de chasse. L’interdiction de la chasse à courre a été la première mesure. Les restrictions pour la chasse à tir viennent ensuite. Chaque mesure s’accompagne de sa propre justification. Ensemble, elles forment un programme.

Tout cela est très hypocrite et très sournois. L’octroi de licences n’interdit pas. La bureaucratie n’interdit pas. Les petites chasses ne peuvent tout simplement pas absorber les coûts de mise en conformité, elles disparaissent en silence, et personne à Londres ne répond des conséquences. Pour exécuter cette basse besogne le gouvernement s’appuie sur Natural England, une sorte d’OFB à l’anglaise. Voici un exemple de leurs méfaits et de leurs méthodes. À Helmsley, dans le Yorkshire, un très ancien territoire de chasse à la perdrix s’est vu interdire de relâcher des oiseaux alors que la saison avait déjà commencé. Les journées de chasse ont été annulées. Les revenus du domaine ont disparu. Mais Natural England a officiellement les mains propres, ils se sont contentés d’interdire des lâchers.

Les conséquences de ces attaques contre la chasse ont-elles été sérieusement évaluées ? La chasse contribue à hauteur de 3,3 milliards de livres sterling par an à l’économie britannique et soutient près de 147 000 emplois. Tirez sur le fil de la chasse et le tissu rural se défait.

Ce qu’on propose à la campagne britannique, c’est un régime d’octroi de licences qui éliminera d’abord les petites parties de chasse, puis les plus grandes, puis les hôtels, les restaurants et les pubs, jusqu’à ce que la lande redevienne une étendue de fougères et que les bourgades que la chasse faisait vivre rejoignent la longue liste des villes en déclin.

Lorsqu’on lui a demandé comment il comptait remplacer les revenus tirés de la chasse, le gouvernement est resté vague. Les responsables ont déclaré « qu’ils reconnaissaient l’importance culturelle de la chasse et qu’ils travailleraient avec le secteur pour établir une relation durable. » Phrase qui ne veut rien dire, typique de la langue de bois. Starmer, le premier ministre a été invité à se rendre à Helmsley pour voir comment l’économie rurale fonctionne. Il n’a pas répondu. Les hommes politiques de gauche anglais sont aussi courageux que les nôtres…

Il devrait pourtant y aller. Cela lui donnerait l’occasion de rencontrer le garde-chasse qui permet à sa famille de bien vivre dans un cadre agréable, loin des foules bigarrées des métropoles mais aussi les rabatteurs qui gagnent soixante-dix livres par jour, les restaurateurs qui sont complets pendant toute la saison, les villages qui conservent leur école, les ornithologues ravis de revoir des courlis sur la lande…

L’habituel argument de la conservation des espaces naturels seriné par les tenants du ré-ensauvagement s’effondre lorsqu’on l’examine de près. Les propriétaires de landes à tétras ont restauré plus de 10 000 hectares de landes d’altitude au cours des 25 dernières années. Le courlis, une espèce presque éteinte, a quatre fois plus de chances de prendre son envol sur une lande à tétras gérée pour la chasse que sur une lande non gérée. Ironie suprême : ce que la gauche présente comme un drame à éradiquer est la condition sine qua non de l’existence du petit paradis qu’elle exhibe fièrement. Sans le “problème”, leur beau tableau s’effondre.

En France, la stratégie des antichasse est la même. On interdit d’abord une chasse peu pratiquée, puis une autre puis c’est une espèce chassable qui est retirée de la liste, etc, etc… Et si nous ne renversons pas la table, il ne nous restera plus que la régulation du sanglier et nos yeux pour pleurer.

Helmsley, un symbole de ce que peut apporter la chasse.

Cette petite ville du Yorkshire est assez emblématique de ce que la chasse peut apporter à l’économie rurale. Dans bien des zones rurales britanniques, les villages se vident, les commerces disparaissent, les écoles ferment mais Helmsley prouve qu’il est possible d’inverser la tendance. On y trouve quatre pubs, un restaurant étoilé Michelin, des auberges et des hôtels. L’un d’entre eux, l’hôtel Pheasant affiche un taux d’occupation de soixante pour cent lié à la chasse pendant l’hiver. L’épicerie fine vend du fromage local à des chasseurs de toutes nationalités.

Un pub de Helmsley avait changé de propriétaire il y a quelques années. Les nouveaux arrivants ont décidé qu’ils ne voulaient rien avoir à faire avec la chasse. Après avoir essuyé de lourdes pertes et failli fermer, ils se sont résolus à revenir la queue basse vers les domaines de chasse. Le marché avait rendu son verdict.

La bruyère des North York Moors, la petite ville de Helmsley et Jeremy Shaw le tailleur. Tous trois existent grâce à la chasse. Le plan d’aménagement du territoire du parti travailliste risque de les faire disparaître tous les trois.

Starmer et ses amis font penser à cette dame dont parle le tailleur d’Helmsley. Elle entre un jour dans son atelier et lui dit qu’elle adore les collines couvertes de bruyère, les vallées boisées, les landes violettes qui s’étendent à perte de vue. Mais elle ne supporte pas les chasseurs et la chasse à la grouse !

Jeremy Shaw se demanda s’il devait lui expliquer que la bruyère qu’elle a mis des heures à venir admirer n’existe que grâce à la chasse qu’elle méprise tant. Les gardes-chasse qui gèrent ces terres éliminent les fougères et entretiennent la lande. Ce qui est inquiétant, c’est que le gouvernement travailliste fait preuve de la même incohérence.

Pourquoi veulent-ils détruire la ruralité ?

Le parti travailliste déteste la ruralité parce que l’existence même de celle-ci va à l’encontre de sa vision idéologique de la société dans son ensemble. Posséder des biens, jouir d’une relative autosuffisance, être attaché à un lieu et à un peuple porteurs d’une mémoire ancestrale, renouveler un pacte naturel à travers des traditions et des mœurs qui transcendent les clivages idéologiques, participer à un paysage compris comme la nature plutôt que comme cette abstraction appelée « l’environnement » : tous ces aspects de l’existence rurale vont à l’encontre de la société que le parti travailliste cherche à établir qui n’est en réalité pas une société mais une juxtaposition de « communautés » qui, tôt ou tard, ne seront plus juxtaposées mais antagonistes. Tant qu’il existera un peuple sédentaire et traditionnel, profondément enraciné et lié au paysage, on constatera qu’il y a toujours eu des peuples autochtones sur ces territoires, et une telle constatation est inacceptable pour le projet progressiste des travaillistes britanniques mais aussi de leur équivalent français.

La gauche britannique attaque la ruralité car celle-ci est une image, voire un symbole de ce qu’elle déteste : des communautés homogènes, vivant en harmonie dans des zones où l’on peut sortir de chez soi sans fermer la porte à double tour et brancher l’alarme, où on n’a pas peur que sa fille de 12 ans se fasse agresser en rentrant de l’école par des hordes généreusement accueillis par des partis élus grâce aux bobos des grandes villes. En Angleterre comme en France la campagne est le dernier rempart contre des politiques mortifères pour nos pays. Les récentes élections municipales françaises ont d’ailleurs bien illustré la fracture qui s’installe entre les grandes métropoles et le reste du pays.

« J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui-même. » Guy de Maupassant – Le Horla


  1. Cecil Charles Windsor Aldin (1870 – 1935), passionné par les chevaux, il réalisa de nombreuses estampes d’attelages, de scènes de diligence ou de chasse à courre. Il chassait lui-même à courre et devint maître d’un équipage réputé, les South Berks.
    Il fut à l’origine de la renaissance de l’art animalier en  Grande Bretagne par ses peintures de chiens et d’animaux de chasse. ↩︎
  2. « Les peintures représentant les collines vallonnées d’Angleterre ou les champs luxuriants de France renforçaient la loyauté et la fierté envers la patrie. Le côté plus sombre de ce sentiment nationaliste est qu’il sous-entend que seuls ceux qui ont un lien historique avec la terre ont le droit d’y appartenir. » Avertissement affiché dans le musée Fitzwilliam ↩︎
  3. Dans ses mémoires, Tony Blair avoue que ce fut une erreur « “One of the domestic legislative measures I most regret.” ↩︎
  4. Le Parti travailliste a proposé de fusionner les demandes d’autorisation d’armes à feu, ce qui rendrait l’obtention d’un fusil de chasse aussi fastidieuse et compliquée qu’elle l’est actuellement pour une carabine. Dans la pratique, cela signifiera qu’un grand nombre de chasseurs jetteront l’éponge.   ↩︎

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