Un amendement reconnaissant la valorisation de la venaisons sauvage a été adopté et ajouté au projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles.
L’amendement 11281 présenté par le député Identité Libertés (IDL, apparenté au RN), Eddy Casterman ajoute une phrase importante à l’article premier du projet de loi en question :
« Ils (les projets agricoles d’avenir) incluent la valorisation de la venaison sauvage française comme filière d’alimentation durable. »
Cela permet à la filière venaison sauvage d’être incluse dans les « projets d’avenir agricole », c’est-à-dire les projets que la loi reconnaît comme contribuant à la souveraineté agricole et susceptibles de bénéficier du nouveau cadre législatif prévu par le texte.
Ce que l’amendement change concrètement
Jusqu’à présent la filière venaison sauvage n’était pas officiellement reconnue comme facteur possible de souveraineté alimentaire. Après l’adoption de cet amendement la valorisation de la venaison sauvage française (principalement sanglier, cerf, chevreuil) est reconnue comme une composante des projets d’avenir agricole, ce qui veut dire que :
- les projets visant la collecte, la transformation, la commercialisation ou la distribution de viande de gibier peuvent plus facilement être présentés comme participant à la souveraineté alimentaire ;
- cela donne un argument juridique et politique pour soutenir des investissements dans cette filière.
Quelle est l’intention des auteurs de cet amendement ?
L’exposé sommaire indique plusieurs objectifs :
- développer une ressource alimentaire locale ;
- favoriser les circuits courts ;
- réduire les importations de viande de gibier ;
- mieux valoriser le gibier prélevé par la chasse ;
- encourager la consommation de gibier, y compris en restauration collective.
Les auteurs de cet amendement cherchent à corriger une incohérence économique. Seule une faible part du gibier prélevé à la chasse est aujourd’hui commercialisée dans les circuits officiels alors que la majorité du gibier consommé en France est importée.
Il est important de noter que cet amendement ne modifie pas les règles concernant la chasse, n’augmente pas les quotas de prélèvement, ne crée pas d’aide financière à cette filière et ne change pas les règles sanitaires applicables à la commercialisation du gibier.
Il s’agit essentiellement d’une reconnaissance législative de la filière « venaison sauvage française » comme participant à la souveraineté alimentaire et pouvant entrer dans la catégorie des projets d’avenir agricole.
Un frein important : l’ANSES et son zèle suspect.
Il faut souhaiter que cette reconnaissance permette d’éliminer ou au moins d’amoindrir les obstacles qui freinent le développement de cette filière. Ceux-ci sont plus réglementaires, administratifs et sanitaires que politiques. Le frein principal est l’ensemble des règles de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) qui semble s’ingénier à handicaper le développement de cette filière en édictant des restrictions ou des avertissements à propos de la consommation et de la commercialisation du gibier sauvage.
Voici quelques exemple du zèle de l’ANSES :
- Avis de l’ANSES de 2012 qui traite de « l’évaluation des risques sanitaires liés à la consommation humaine de venaisons provenant de sangliers chassés susceptibles d’avoir ingéré des appâts avec biomarqueur dans une zone d’expérimentation. » Les biomarqueurs en question avaient été ajoutés aux appâts destinés à lutter contre la PPA dans certaines régions du Nord-Est de la France au début des années 2000. Le risque était minime, voire nul mais l’ANSES avait néanmoins publié un avis alarmiste.
- Plus grave, en 2018, l’ANSES a publié un avis au sujet de la qualité de la venaison issue de gibier sauvage. Celui-ci est encore plus gênant car il rapporte que la viande de grand gibier serait contaminée par le plomb et recommande de limiter la consommation de grand gibier sauvage à trois repas par an. De plus, l’agence conseille aux femmes en âge de procréer et aux enfants d’en éviter toute consommation, « compte tenu des effets nocifs du plomb observés durant la période de développement fœto-embryonnaire et au cours de l’enfance ». Or, le grand gibier se tire à balle et la contamination par le plomb, si elle existe et si elle présente un danger, ce qui n’est pas prouvé, ne concerne que la zone immédiatement située autour de l’impact. Il s’agit là, de toute évidence d’un excès de zèle qui est dû, soit à une méconnaissance de la chasse, soit à une volonté délibérée de freiner la consommation de gibier pour des raisons idéologiques. Ceci avait d’ailleurs agacé le sénateur Cardoux qui avait adressé une question2 au gouvernement à ce sujet « Un tel avis, laissant planer un danger sanitaire sur les potentiels consommateurs, est mal venu au moment où des initiatives locales de collecte et de valorisation de la venaison sont mises en place dans différentes régions. »
- Autre avis restrictif de l’ANSES, celui-ci date de 2015, il concerne « la présence de parasites mésocercaires du trématode parasite Alaria alata dans des viandes de sanglier sauvage. » Dans un avis de 33 pages, l’ANSES reconnait que « compte tenu des données disponibles à ce jour, le caractère zoonotique d’Alaria alata ne peut être avéré » mais ajoute « Pour autant, il ne peut être totalement exclu » et cite pour appuyer cela le décès d’un américain en 1976 suite à la consommation de cuisses de grenouilles et le fait que « plusieurs cas d’alariose ont été suspectés en Pologne après consommation de viandes de sanglier ou d’oie insuffisamment cuites. » Autrement dit, le risque est nul mais l’ANSES en profite pour dénigrer la venaison sauvage.
Certes, l’ANSES n’est pas une association anti-viande et anti-chasse comme L214 mais il est évident que sa culture institutionnelle est perméable à « l’air du temps » et que ses avis laissent transparaître une défiance exagérée et engagée à l’encontre de la viande en général et de la venaison en particulier.
Conséquences pour les agriculteurs
Bien qu’étant intégré à un projet de loi agricole, cet amendement n’intéresse qu’indirectement les agriculteurs puisqu’il ne concerne que la venaison sauvage et pas les élevages. Néanmoins, en encourageant une meilleure valorisation économique des animaux prélevés à la chasse, il renforcera l’intérêt économique d’une régulation des populations de grand gibier et vise à favoriser l’émergence de structures locales de collecte et de transformation.
Qui a déposé ce texte ?
C’est le député IDL Eddy Casterman qui est l’initiateur et le premier signataire de l’amendement n°1128. Il est le présentateur principal de l’amendement et porteur politique de la proposition. C’est lui qui a défendu ce texte en séance. L’ensemble du groupe RN à l’Assemblée a co-signé le texte. Il a été adopté à une large majorité à l’Assemblée et va maintenant prtir au Sénat.
Il est à noter que Chroniques cynégétiques avait organisé une rencontre entre Eddy Casterman et Charlotte de Fougères, fondatrice de C2F, lors du Gamefair 2025. C’est à cette occasion que le député avait pris en compte la nécessité d’apporter son soutien à la filière venaison.
Lire à ce sujet : Avec C2F Concept le circuit venaison se modernise.

- Amendement 1128 au projet de loi Protection et souveraineté agricoles. ↩︎
- Question de M. CARDOUX Jean-Noël (Loiret – Les Républicains) publiée le 14/02/2019 ↩︎
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