La France n’a pas été la seule à subir des incendies ces derniers mois. L’été 2026 restera probablement comme celui où le Royaume-Uni a découvert que les incendies ne sont plus seulement un problème méditerranéen. Les anglais ont eu le mérite de se poser les bonnes questions et de se demander quelles étaient les causes réelles de ces incendies. Un débat fait beaucoup de bruit actuellement, le ré-ensauvagement a-t-il aggravé la situation ?
Des médias et des organisations ont affirmé que le feu était la conséquence d’une gestion trop « sauvage » du territoire. Le Telegraph a ainsi titré : « Rewilding blamed for Suffolk wildfire » (le ré-ensauvagement blamé pour les incendies du Suffolk).
L’analyse des incendies de 2026 en Grande-Bretagne apporte des éléments sérieux montrant que la végétation accumulée, la disparition ou la diminution de certains modes de pâturage, la non-gestion de la bruyère, l’état hydrologique des tourbières et le maintien (ou non) de mosaïques de végétation jouent un rôle important dans la propagation et la gravité des feux. Or, tous ces facteurs aggravants sont la conséquence de la politique de ré-ensauvagement qui est très en vogue outre-Manche depuis des années. « Laissons faire la nature, elle se régule toute seule. »
Le cas de l’incendie de Snake Pass est très embarrassant pour les partisans du « tout réensauvagement ». En effet, il a eu lieu sur un territoire géré par le National Trust qui soutient explicitement le « rewilding » et lance même des projets qui s’appuient sur les travaux du projet britannique Rewilding Later Prehistory. Selon les témoignages déposés devant le Parlement britannique, le site avait fait l’objet d’importants travaux de restauration de tourbière et de réhumidification. Le feu s’est pourtant propagé dans de la tourbe profonde, malgré un hiver humide et des précipitations récentes, et il a même fallu traiter une reprise du feu douze jours après l’incendie initial. Cela montre que restaurer une tourbière ne suffit pas nécessairement à garantir une protection contre les incendies dans les conditions climatiques nouvelles. Cela a même conduit le chantre anglais du ré-ensauvagement, Ben Goldsmith, à atténuer ses affirmations et à abandonner la position dogmatique qui était la sienne. Il ne s’agit plus d’opposer gestion humaine et nature mais de savoir quelle combinaison de gestion et de processus naturels permet de produire un paysage suffisamment résilient aux incendies. Cela met en évidence la faiblesse fondamentale de l’argument de Ben Goldsmith car il est incapable de définir précisément ce que veut dire ré-ensauvagement. Cela peut englober aussi bien la restauration hydrologique, le pâturage par de grands herbivores, la réintroduction d’espèces, la réduction de l’intervention humaine et des paysages activement gérés, alors, contrairement à ce qu’il prétend, il devient extrêmement difficile d’en évaluer les effets bénéfiques sur le risque d’incendie.
La gestion pastorale et cynégétique retrouve un intérêt dans le débat sur les incendies.
L’été 2026 vient de démontrer la nocivité de cette politique dogmatique. La gestion humaine raisonnée de la nature dans des paysages aussi anthropisés que ceux de l’Europe est absolument essentielle pour la préservation de l’environnement. Cela passe par le maintien d’activités décriées par les tenants du ré-ensauvagement : l’élevage et le pâturage qui limitent l’embroussaillement mais aussi les brûlages préventifs de bruyère pratiqués dans les territoires de chasse en Écosse.
Une étude publiée le 29 juillet 2026 dans Ecological Solutions and Evidence est particulièrement précieuse parce qu’elle porte précisément sur les incendies d’Angleterre et du pays de Galles. Des chercheurs ont analysé par satellite 206 incendies sur trois années, complétés par des observations de terrain sur cinq incendies. Les résultats ne permettent pas d’être catégorique et de dire « Le réensauvagement laisse pousser la végétation, donc il provoque les incendies. » mais ils démontrent que certains types de végétation favorisés ou maintenus dans les paysages de landes sont intrinsèquement plus inflammables que d’autres, et la question de leur gestion devient donc centrale lorsque les épisodes de sécheresse s’intensifient.
Or, c’est justement la gestion de la nature par l’homme que refusent les tenants du ré-ensauvagement.
Le pâturage, décrié par les ré-ensauvageurs, démontre son efficacité
Un de ces modes de gestion est le pâturage qui est très important dans un pays d’élevage comme la Grande-Bretagne. Tout les gens raisonnables s’accordent à dire que le pâturage est l’un des moyens permettant d’agir sur la quantité et la structure du combustible.
Il existe de véritables situations où le recul du pâturage entraîne une modification de la végétation et permet l’accumulation de broussailles qui sont autant de matières combustibles. Au pays de Galles, Natural Resources Wales indique que les « declines in traditional grazing » font partie des facteurs de pression sur les landes et tourbières galloises1. Le document de référence gallois sur la gestion des feux2 est encore plus explicite : le pâturage est présenté comme un moyen de maintenir une végétation basse et diversifiée et de limiter les graminées hautes et la molinie3.
Une expérience est actuellement menée dans les Gower Commons, au pays de Galles. Une éleveuse, Emma Douglas, explique que la diminution du nombre d’éleveurs et de bovins sur les commons a favorisé l’expansion de la molinie, particulièrement inflammable lorsqu’elle sèche. Elle a donc créé un système de troupeau collectif permettant de remettre des bovins sur ces terrains.
Ces expériences et études anglaises devraient nous conduire à tout mettre en oeuvre pour favoriser l’élevage et le pâturage en France. Or, il semble que les services concernés de l’État préfèrent favoriser l’expansion du loup qui pousse nombre d’éleveurs à jeter l’éponge. Il faudra peut-être un jour demander des comptes aux responsables de cette situation ubuesque.
La gestion des territoires de chasse
Depuis des générations, les gestionnaires de grouse moors pratiquent une gestion très particulière de la lande : pâturage, contrôle de la végétation, création de mosaïques d’âges différents de la bruyère et, dans certains cas, brûlage dirigé. Cette gestion est évidemment contestée par les opposants à la chasse qui rejoignent les partisans du ré-ensauvagement et du « laissez-faire ».
Dans les landes à grouse, la chasse ne peut intervenir que si le territoire est géré. Et c’est justement cette gestion qui permet de limiter la gravité des incendies. La chasse est la source de revenus qui permet de financer et d’organiser une gestion très efficace :
- contrôle de la végétation ;
- gestion de la bruyère ;
- création de mosaïques d’âges de végétation ;
- pâturage ;
- entretien des pistes ;
- création et entretien de coupe-feux ;
- surveillance du territoire.
Le gouvernement britannique reconnaît d’ailleurs officiellement4 que la gestion de la bruyère par brûlage ou coupe permet la réduction du risque d’incendie, en plus du pâturage et de la conservation.
C’est ici que la gestion cynégétique et la prévention des incendies se rencontrent directement. Les gestionnaires de landes favorables au brûlage soutiennent que le brûlage à faible intensité permet de créer une mosaïque de végétation d’âges différents, donc de limiter la continuité du combustible. Une contribution déposée auprès du Parlement britannique5 affirme que cette mosaïque créée par des brûlages rotatifs à faible intensité fournit des zones de faible charge combustible pouvant servir de points d’appui aux pompiers. Une étude indépendante6 publiée en juillet 2026 apporte justement un élément de confirmation : les incendies sur les secteurs soumis à des brûlages réguliers étaient significativement moins importants que sur des territoires ayant d’autres modes de gestion.
Le rôle concret des chasseurs et des gardes-chasse.
C’est peut-être l’un des aspects les plus révélateurs des incendies de 2026. Dans les Cairngorms, lorsque le gigantesque incendie de Glenmore s’est déclaré, les services de secours ont travaillé avec les gamekeepers (gardes-chasse), les agriculteurs, les forestiers et les employés des domaines de chasse. La Cairngorms National Park Authority a elle-même remercié les gamekeepers et estate workers pour leur participation à la lutte contre l’incendie7 et la RSPB, qui est pourtant loin d’être une organisation pro-chasse, reconnaît également que ses équipes ont travaillé efficacement avec les gamekeepers et les gestionnaires de domaines pour combattre le feu8.
Autrement dit, les hommes que certains présentent comme les représentants d’une gestion archaïque des campagnes britanniques sont devenus des auxiliaires directs de la lutte contre les incendies. Ce que certains présentent comme un paradoxe n’en est pas un. La chasse et les chasseurs savent mieux que quiconque comment gérer des territoires de manière à y favoriser la biodiversité et préserver un environnement en bonne santé.
C’est aussi ce que l’on a constaté en France. Chasseurs et agriculteurs étaient en première ligne aux côtés des pompiers. Nous n’avons, par contre, vu aucun des agitateurs anti-chasse que nous connaissons tous. Rigaux était probablement trop occupé à roucouler avec sa professeur de yoga ; One Voice se concentrait sur ses procédures juridiques contre la régulation des ESOD et l’ASPAS préparait sa pétition pour appeler à interdire la chasse « sur les cendres ».
Un dogmatisme qui cause des dégâts en France aussi
Le dogmatisme des partisans du ré-ensauvagement ne fait pas dégâts qu’en Angleterre. N’oublions pas la sénatrice écologiste De Marco qui se félicitait de l’abandon du plan simple de gestion de la forêt usagère de la Teste-de-Buch.
N’oublions pas non plus que l’incendie qui avait ravagé la réserve des Maures en 2021 avait permis de s’intéresser au plan de gestion décidé par la directrice de cette réserve et de constater que son dogmatisme et celui de ses équipes avait conduit à aggraver les conséquences de cet incendie. En effet, ce plan de gestion avait interdit le pâturage, qui aurait pourtant limité la quantité de combustible, et bloqué ou retardé certains travaux de débroussaillement et d’aménagement de pistes DFCI. Ce qui avait d’ailleurs créé une exaspération chez les acteurs de la sécurité avant que le feu de 2021 ne ravage la zone. Le rapport IGEDD établi après l’incendie est particulièrement intéressant parce qu’il explique que les critiques contre la réserve existaient avant même l’incendie.
Il relevait notamment :
- des tensions avec les agriculteurs ;
- des tensions avec les propriétaires forestiers ;
- des difficultés concernant les travaux DFCI ;
- un manque de dialogue avec les acteurs locaux ;
- une place croissante de la police environnementale.
Le rapport indique même que le comité consultatif, censé être l’instance de dialogue entre les acteurs, fonctionnait davantage comme une « chambre d’enregistrement » des décisions de l’équipe gestionnaire que comme un véritable lieu de concertation. Il faut aussi admettre que, nommer à ce poste une personne qui n’était titulaire que d’une licence d’histoire n’était peut-être pas une bonne idée. Mais les arcanes des nominations dans la fonction publique territoriale sont une source sans cesse renouvelée d’étonnements et d’interrogations…
- Mountain, moorland and heath ↩︎
- Sustainable Farming Scheme 2026: scheme description ↩︎
- La Molinia caerulea, ou molinie bleue, est une graminée qui peut devenir extrêmement abondante dans certains milieux humides et tourbeux. Lorsqu’elle sèche, elle forme une importante quantité de matière morte. L’étude de 2026 constate que les zones dominées par la molinie représentent une proportion considérable des surfaces brûlées dans les paysages ouverts et que les incendies qui y surviennent peuvent être très étendus. ↩︎
- Heather and Grass Management ↩︎
- Written evidence submitted by the Peak District Moorland Group (CWR0169) ↩︎
- Wildfire size, severity and timing vary with dominant vegetation in open landscapes in England and Wales ↩︎
- Glenmore fire update – 20 July at 9pm ↩︎
- Efforts to contain Cairngorms wildfire continue ↩︎
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