En Allemagne, certains chasseurs et tireurs sportifs, membres de l’AfD, ont vu leurs autorisations de détention d’armes contestées ou retirées. L’argument des autorités est juridique : leur « fiabilité » au sens du droit constitutionnel serait compromise par leur appartenance ou leur engagement au sein de ce parti.
C’est ironiquement en Saxe-Anhalt que la Cour administrative supérieure est la plus dure. Elle vient de confirmer définitivement que les autorisations de détention d’armes peuvent être retirées aux membres et aux soutiens de l’AfD1. Selon une enquête publiée par BILD le 12 septembre 2026, 17 chasseurs auraient déjà perdu leurs armes et leurs autorisations de détention. Dans 122 autres cas, des vérifications ou des procédures seraient en cours. S’agissait-il de chercher à influer sur les élections régionales ? Peine perdue, l’AfD est quand même arrivée largement en tête du scrutin.
La pratique n’est pas uniforme en Allemagne. Le tribunal administratif de Gera a rendu une décision contraire le 9 février 2026 dans quatre affaires : selon lui, la simple appartenance à l’AfD de Thuringe ne suffisait pas, à elle seule, à justifier le retrait des autorisations de détention d’armes2.[migazin]
Faut-il voir dans ces attaques contre les chasseurs et tireurs sportifs allemands des atteintes aux libertés individuelles ? Peut-on y voir des similitudes avec certaines inscriptions au FINIADA lorsque celles-ci sont seulement motivées par une décision administrative et non par une décision judiciaire ? C’est une question qui dépasse largement le droit des armes. Ces confiscations soulèvent une question politique beaucoup plus fondamentale.
Jusqu’où un État démocratique peut-il aller pour prévenir une menace qu’il déduit non d’un comportement individuel, mais d’une appartenance politique légale ?
Il faut noter que quelques retraits d’autorisations d’armes ont également été prononcés contre des personnes classées à l’extrême gauche mais les autorités allemandes n’ont jamais mis en oeuvre de campagne comparable visant les simples adhérents d’un parti légal d’extrême gauche, comme cela se pratique actuellement à l’égard de certains membres de l’AfD dans plusieurs Länder. Comme c’est bizarre…
Un argument repris par les anti-chasse suisses et allemands.
Il faut aussi noter que ceci est repris par le site anti-chasse suisse Wild beim Wild qui écrit : « Comme le montre déjà les cas documenté de certains comportements fautifs, la Suisse ne semble pas toujours examiner avec suffisamment de rigueur la fiabilité, au regard du droit des armes, des chasseurs amateurs. »
Ce sera sans doute un argument repris un jour par les anti-chasse français pour essayer de nous retirer nos armes. C’est d’ailleurs un raisonnement parfois utilisé par Rigaux qui ne fait pas mystère de son appartenance à l’extrême-gauche. Ce qui est plus grave est que certains préfets semblent assez sensibles à cette dialectique puisque les inscriptions au FINIADA peuvent toucher des citoyens non condamnés par la justice mais seulement considérés comme « susceptibles de… »
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Constat de départ : l’AfD n’est pas interdite, c’est donc un parti légal.
On peut ne pas adhérer au programme de l’AfD, considérer certaines de ses positions comme dangereuses mais un fait demeure : l’AfD n’est pas interdite. La Loi fondamentale allemande (constitution) a confié au Bundesverfassungsgericht (Cour constitutionnelle fédérale) le pouvoir de déclarer un parti anticonstitutionnel. Ce choix constitue l’une des garanties essentielles du système politique allemand : l’exécutif ne peut pas décider seul qu’un parti doit être exclu de la compétition politique. C’est le principe du Parteienprivileg3.
Comment justifier alors que le parti soit déclaré légal et que l’on puisse y adhérer et y militer librement mais que certains de ses membres ou militants voient leur droit de détenir des armes remis en cause en raison même de cette appartenance ?
« Si je peux légalement être membre de ce parti, comment peut-on me retirer un droit dont bénéficient les autres citoyens uniquement parce que je suis membre de ce parti ? »
Une mesure de police ou une sanction politique déguisée ?
Le droit des armes poursuit un objectif parfaitement légitime : empêcher que des personnes présentant un risque particulier aient accès à des armes. Au titre du droit allemand, il n’est donc nullement nécessaire d’attendre qu’un détenteur commette une infraction pour lui retirer son autorisation de détention. C’est aussi le cas en France pour certaines inscriptions administratives au FINIADA.
Attention, ce principe de prévention peut entraîner sur une pente glissante. Vous pourriez être emprisonné ou condamné à une amende parce que vous « auriez pu commettre un délit ». Nous ne sommes plus ici dans la « démocratie préventive » mais dans des atteintes caractérisées aux libertés individuelles. S’agit-il encore de démocratie ou entrons-nous avec ce principe dans une forme de dictature douce et insidieuse ?
Le problème apparaît lorsqu’on passe de la prévention fondée sur les actes d’un individu à une prévention fondée sur son appartenance politique.
Cela pose une question juridique et politique fondamentale : quelle est la valeur probante de la simple appartenance à un parti pour établir la dangerosité individuelle d’un détenteur d’armes ?
« Ce n’est pas politique. »
Les autorités prétendent qu’il ne s’agit pas de sanctionner les opinions de l’intéressé. Formellement, c’est exact. Le retrait d’une Waffenbesitzkarte (détention d’armes) n’interdit pas de voter AfD, d’en être membre ou de défendre ses idées. Mais le droit ne se juge pas seulement à la qualification officielle d’une mesure ; il faut aussi regarder son fondement et ses effets.
Si deux citoyens présentent exactement le même comportement vis-à-vis des armes et que l’un fait l’objet d’un contrôle particulier uniquement parce qu’il appartient à un parti donné, la question de la neutralité de l’administration se pose inévitablement.
Le problème n’est donc pas de savoir si la mesure porte officiellement le nom de « sanction politique », il est de savoir si l’engagement politique devient, en pratique, un facteur défavorable et discriminant dans l’exercice d’un droit ou d’une liberté par ailleurs licite.
Le véritable enjeu n’est pas le droit aux armes
Il faut éviter de réduire cette controverse à la possession d’armes ; le véritable enjeu est ailleurs. C’est la possibilité qu’une autorisation administrative individuelle devienne un instrument de prise en compte de l’appartenance politique. Aujourd’hui, cette autorisation est une *Waffenbesitzkarte ». Demain, le raisonnement pourrait concerner une autre activité réglementée ou autre droit. Celui de la liberté d’expression par exemple. Marine Tondelier voudrait une loi pour interdire le « mensonge en politique ». Qui vérifiera s’il y a mensonge ou pas ? Le soviet suprême ? Ces écolos méritent vraiment leur surnom de pastèque !
Chaque mesure pourrait être défendue séparément au nom d’un objectif parfaitement respectable. Mais l’effet cumulé pourrait être différent : faire comprendre au citoyen que certaines opinions sont légalement permises, mais socialement et administrativement coûteuses puisqu’elles vous empêcheront de vivre normalement. J’ai le droit de faire certaines déclarations mais je m’expose alors à ce qu’un préfet m’inscrive de manière autoritaire et non contradictoire au FINIADA.
➠ Lire à ce sujet : FINIADA, une arme contre les chasseurs ?
Une liberté qui demeure théoriquement intacte mais dont l’exercice entraîne des désavantages particuliers n’est plus une liberté.
Le débat allemand doit donc être observé avec attention.
Non parce qu’il faudrait prendre la défense de l’AfD mais parce que les garanties démocratiques ne sont utiles et légitimes que lorsqu’elles protègent tous les citoyens. Une démocratie qui interdit les organisations effectivement dangereuses peut être légitime. Une démocratie qui retire une arme à un individu dont les actes démontrent qu’il représente un danger peut également être légitime.
Mais entre ces deux situations existe une zone grise : celle où l’État transforme une appartenance politique légale en indice de dangerosité personnelle. C’est cette zone qu’il faut surveiller et malheureusement celle-ci a tendance à s’étendre de jour en jour. Le danger est de passer insensiblement d’une logique de responsabilité personnelle à une logique de responsabilité par appartenance ce qui nous amène tout droit à ce que certains appellent un régime « post-démocratique autoritaire ». Bien sûr, ni l’Allemagne ni la France ne sont des dictatures mais la démocratie y a été vidée de son sens.
Une régime cesse d’être une démocratie lorsqu’il assimile ceux qui pensent différemment de lui à des ennemis et les traite comme tels en les privant de leurs droits.
- AfD-Mitgliedschaft kann die Waffenbesitzkarte kosten ↩︎
- AfD-Mitglied darf Waffe behalten ↩︎
- En français, le terme allemand Parteienprivileg se traduit généralement par le privilège des partis ou le privilège constitutionnel des partis. Dans le droit constitutionnel allemand ce concept désigne la protection spéciale accordée aux partis politiques. Cela implique qu’un parti politique ne peut pas être interdit par le gouvernement ou par un tribunal ordinaire. Seule la Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassingsgericht) a le pouvoir de déclarer un parti inconstitutionnel et de l’interdire. Tant que cette cour n’a pas pris de décision, le parti continue de fonctionner légalement et de recevoir des financements publics, même si ses idées sont jugées extrémistes. ↩︎
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