La modification du statut de protection du loup en Europe, qui est passé de « strictement protégé » à « protégé » a eu des conséquences immédiates et positives en matière législative dans quelques pays dont la France. Ces mesures visent à mieux protéger l’élevage en rendant la régulation plus efficace et plus réactive.

Il ne s’agit pas de faire du loup une espèce chassable ou de chercher à l’éradiquer comme cela avait été fait à la fin du XIXème ou au début du XXème siècle. L’obligation de maintenir l’espèce dans « un bon état de conservation » reste valable.

Les mesures adoptées depuis cette date sont à la fois d’ordre général (définir le cadre global de la régulation) et d’ordre technique (préciser les modalités de mise en oeuvre).

Les mesures générales

Les principales mesures législatives et réglementaires récentes sur la régulation des loups en France datent de février 2026. Elles font suite au déclassement du loup au niveau européen (Convention de Berne en décembre 2024 et Directive Habitats modifiée en juin 2025), qui a fait passer l’espèce d’un statut de protection stricte à un statut de protection ordinaire, tout en maintenant l’obligation de viabilité de la population. 

Ces mesures sont édictées dans les arrêtés interministériels (Agriculture et Transition écologique) du 23 février 2026. Ils constituent un tournant majeur.

1. Arrêté définissant le statut de protection du loup (Canis lupus) et fixant les conditions et limites de sa destruction (abrogeant l’arrêté de février 2024)

Le loup reste protégé (interdiction générale de destruction, perturbation ou capture), mais avec des dérogations élargies pour la défense des troupeaux.

Tirs de défense simplifiés : les éleveurs peuvent tirer sur un loup attaquant un troupeau sans autorisation préfectorale préalable (remplacée par une simple déclaration). Cela s’applique même si le troupeau n’est pas encore protégé (pas obligatoire d’avoir clôtures électriques, chiens de protection, etc., au préalable).

Possibilité de tirs de prélèvement (plus encadrés) en cas de dommages exceptionnels, y compris sur des élevages non protégés.

Maintien d’un plafond national de prélèvements, avec possibilité pour le préfet coordinateur de suspendre les tirs si nécessaire. 

2. Arrêté du 23 février 2026 modifiant l’arrêté du 23 octobre 2020 fixant le nombre maximum de spécimens de loups (Canis lupus) dont la destruction pourra être autorisée chaque année.

Le quota passe de 19 à 21 % de la population estimée (ce qui correspond à environ 227 loups en 2026, contre 192 auparavant). Ce plafond peut être porté à 23 % (environ 248 loups) en cours d’année selon la pression de prédation. 

Ces mesures visent à simplifier les procédures pour les éleveurs face à l’augmentation des attaques (environ 4 441 en 2025, soit une augmentation de 10 %, et plus de 12 000 animaux prédatés). Un communiqué de presse1 du ministère de l’agriculture présente les raisons et les buts de ces réformes.

Contexte et mesures complémentaires

Ces mesures viennent compléter le Plan National d’Actions (PNA) Loup en cours d’exécution (2024-2029). Rappelons que ce plan vise à renforcer l’accompagnement des éleveurs (aides aux protections : chiens, clôtures, bergers, ce qui coûte environ 40 M€ par an), améliorer l’indemnisation des dommages (y compris indirects) et le suivi scientifique. Officiellement, la politique est toujours de chercher à assurer la cohabitation entre le loup et les activités humaines mais le tournant législatif récent semble s’orienter vers une gestion plus pragmatique prenant en compte l’expansion géographique de l’espèce et l’augmentation des zones touchées par la prédation. 

Les aides à la protection s’étendent depuis début 2026 à tous les départements métropolitains à l’exception de l’Île-de-France et de la Corse.

Ce plan est consultable en cliquant ici : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/PNA%20Loup.pdf

Les amendements techniques

Ces mesures générales ont été complétées par des mesures techniques adoptées lors de la discussion du projet de loi agricole à l’Assemblée nationale. Des députés sont à l’origine d’amendements pratiques et utiles permettant de faciliter la mise en oeuvre de la protection des troupeaux

Ces amendements s’inscrivent dans un ensemble plus large de textes adoptés sur l’article 14, avec un fort soutien des groupes centristes, LR et RN, contre l’avis du gouvernement sur certains points, notamment les lunettes thermiques. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a évoqué des « risques pour la sécurité publique ». On peut se demander ce qui a réellement motivé ses réticences.

Lamendement n°7592 est celui déposé par Xavier Roseren, il a pour objet d’autoriser l’utilisation de lunettes de tir à visée nocturne (intensification de lumière) ou thermique par les éleveurs, propriétaires d’exploitations ou leurs mandataires dans le cadre des tirs de défense contre les loups. Le but est d’améliorer l’efficacité et la précision des tirs de nuit.

Pour être autorisé à utiliser ces dispositifs les personnes concernées doivent remplir les conditions suivantes :

  • Permis de chasser valide.  
  • Formation préalable auprès de l’OFB.  
  • Participation préalable à une opération encadrée par un lieutenant de louveterie.
  • Autorisation limitée dans le temps et sur une zone. (par exemple 30 jours sur le périmètre communal et limitrophe).

L’amendement n°14223, présenté par David Magnier, du Rassemblement National) vise à instaurer une présomption de légitimité (ou de légitime défense) pour les tirs de défense réalisés par un éleveur ou ses préposés. 

Le point important est la définition de la légitimité. Est considéré comme légitime tout tir effectué en cas d’attaque imminente ou d’intrusion manifeste d’un loup dans un espace pastoral protégé (un parc clôturé ou une bergerie par exemple). Cela remplace ou allège le régime déclaratif préalable puisqu’on parle de contrôle a posteriori plutôt que d’autorisation avant le tir.  

Le but est d’apporter une sécurité juridique aux éleveurs face à l’urgence des attaques, en reconnaissant que l’intrusion dans une zone protégée constitue un danger avéré justifiant une riposte immédiate. Cela devrait permettre de protéger les éleveurs contre les actions en justice que les associations comme l’ASPAS ou One Voice ne manqueront pas d’intenter contre eux puisque pour ces groupuscules, le travail d’un éleveur est moins important que la vie d’un loup.

Ces deux amendements sont complémentaires : l’un porte sur les moyens techniques, l’autre sur la protection juridique. Ils ont été adoptés dans le même débat sur l’article 14 et doivent encore passer au Sénat puis faire l’objet de décrets d’application. Il faudra surveiller la publication de ces décrets car c’est une tactique souvent utilisée par les gouvernements pour enterrer des mesures adoptées à l’Asemblée que de retarder au maximum leur publication.

CritèresAmendement 759 (Roseren)Amendement 1422 (Magnier)
Thème principalÉquipement (lunettes nocturnes/thermiques)Sécurité juridique (présomption de légitimité)
Ce qu’il changePermet l’usage de matériel de visée nocturne sous conditionsFacilite le tir sans autorisation préalable dans certains cas (contrôle a posteriori)
Groupe politiqueHorizons (majorité relative)Rassemblement National
Impact pratiqueAméliore la précision des tirs de nuitRéduit le risque de poursuites judiciaires pour l’éleveur

Il faut noter qu’un troisième amendement (n°CD563)4 a été adopté le 29 avril. Il a encore plus fait bondir les défenseurs du loup puisqu’il autorise les tirs de défense jusque dans les réserves naturelles et parcs nationaux à l’exception du coeur des parcs. Il vise à remédier à l’inégalité à laquelle sont confrontés les éleveurs situés dans ces réserves et parcs, en prévoyant d’autoriser les tirs d’effarouchement et de défense ce qui n’était pas possible jusqu’à présent. Bien évidemment, un collectif de gestionnaires d’aires protégées et d’ONG environnementales s’est élevé contre cette mesure. Que les associations hurlent et tempêtent est classique mais que des gestionnaires de réserves et de parcs se permettent de s’opposer publiquement à des mesures adoptées par la représentation nationale alors qu’ils sont eux-même des agents de l’État est assez surprenant et semble être une sérieuse entorse au devoir de réserve des agents de la fonction publique.

Les réactions

Les organisations agricoles saluent ces modifications. On peut se demander pourquoi elles ne se sont pas montrées plus actives auparavant. Les lanceurs d’alerte comme Bruno Lecomte et Sylvain Rigeade disent ne pas avoir reçu un accueil très chaleureux de la part de la FNSEA, de la CR ou même, et c’est surprenant, de la FNO qui est supposée représenter les intérêts des éleveurs ovins, ceux-là même qui ont été les premiers touchés et les plus impactés par la prédation.

Ces évolutions sont bien évidemment critiquées par les associations de protection de la nature qui mettent en avant un risque pour la viabilité de l’espèce. Selon elles, la population officiellement recensée d’environ 1 000 loups (largement sous-estimée selon tous les observateurs sérieux) n’est pas suffisante pour assurer un bon état de conservation de l’espèce et elles prétendent que ces nouvelles mesures risquent de fragiliser la population de loups en France. Ils envisagent même d’engager des recours juridiques contre le gouvernement.

Comme souvent, les pro-loups trouvent des relais complices dans les médias. Un article de BFM5, prétendant faire le point sur le sujet, est particulièrement complaisant en ne donnant la parole presque exclusivement qu’à deux militants pro-loups : Denis Doublet de Ferus et Jean-David Abel, de France Nature Environnement. Le parti-pris éditorial de la journaliste Salomé Robles n’est pas surprenant ; depuis ses débuts dans le métier cette journaliste prend fait et cause pour toutes les « nobles causes » de la bobosphère écolo. A se demander si elle n’a pas fait comme certains de ses confrères qui donnaient leurs articles à corriger par les militants de L214 avant publication.


  1. https://agriculture.gouv.fr/reforme-des-regles-de-gestion-de-la-predation-du-loup ↩︎
  2. Amendement n°179 ↩︎
  3. Amendement n°1422 ↩︎
  4. Amendement n°CD563 ↩︎
  5. Population de loups en France: la hausse du plafond d’abattage met-elle l’espèce en danger (BFM) ↩︎

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