Tout récemment, le parti animaliste (PA) a lancé une campagne de communication à propos de la stérilisation des sangliers qui, selon lui, serait une solution efficace et une alternative à la chasse. Il annonce aussi qu’à la suite d’une expérimentaion autour de Barcelone, les plaintes concernant les sangliers auraient baissé de 80%.
80%, cela semble énorme mais c’est évidemment trompeur et biaisé. Le PA s’appuie pour cela sur une conférence qui s’est tenue en mai 2026 à Barcelone à ce sujet et qui avait invité des chercheurs plus militants qu’objectifs. Cette campagne de propagande est malheureusement relayée par un journaliste peu scrupuleux d’un média local (Le petit bleu). Analysons en détail cette communication, les résultats et les coûts réel de cette méthode.


Un journaliste reprend la propagande animaliste sans analyse
La communication du parti animaliste au sujet de la stérilisation des sangliers est, hélas, reprise sans analyse dans un média local (Le petit bleu) par un journaliste. Dans cet article1, il ne donne la parole qu’à l’experte invitée à la conférence (Giovanna Massei), sans aucune contre-expertise, ni de gestionnaires de la faune, ni de chasseurs, ni de chercheurs indépendants sur la régulation par la chasse. C’est un classique du journalisme militant, on donne la parole à l’expert dont le positionnement correspond au récit souhaité (ici, trouver des alternatives à la chasse). Ce manque de pluralisme des points de vue dans un seul article est un biais de traitement qui ne correspond pas à l’idée que l’on se fait du métier de journaliste. De plus, présenter Giovanna Massei seulement comme une experte sans mentionner son rôle institutionnel et militant au sein d’un organisme dédié au contrôle de la fertilité animale constitue un biais évident qui traduit soit un manque de professionnalisme, soit un parti-pris militant.
Qui est Giovanna Massei ?
Le manque d’objectivité de Giovanna Massei est évident, factuel mais logique puisqu’elle est professeur de « Human-Wildlife Interactions » à l’Université de York (Royaume-Uni) et aussi directrice pour l’Europe du Botstiber Institute for Wildlife Fertility Control (institut dont la mission explicite est de promouvoir et développer la contraception de la faune sauvage)2.
Elle est l’une des chercheuses les plus prolifiques3 et visibles au monde sur le sujet depuis plus de 15 ans : publications, conférences, revues de littérature et projets sur le GonaCon (le vaccin en question) chez les sangliers, cerfs, écureuils…
Elle n’est donc pas une chercheuse neutre qui évalue objectivement les différentes méthodes de gestion. Elle est une militante scientifique de la stérilisation non-létale, cela impose de lire ses déclarations avec un filtre critique, surtout quand elles sont reprises sans recul par des médias ou des partis politiques.
80% de plaintes en moins. Vraiment ?
Les « 80 % de plaintes en moins » proviennent d’une étude pilote menée en Espagne, autour de Barcelone, et présentée en mai 2026 lors de la 10ème conférence internationale sur la stérilisation de la faune sauvage.
Le résultat officiel est annoncé ainsi : après vaccination (par injection ou fléchette), il aurait été observé une baisse de 80 % des plaintes liées à la présence des sangliers (incursions dans les jardins, poubelles, routes, agressivité…)
Intéressons nous à ce chiffre.
- Ces plaintes ne concernent que des signalements des riverains aux autorités municipales ou à la police locale (incursions dans les jardins privés, fouille des poubelles, présence sur les routes et trottoirs, agressivité perçue, accidents mineurs, dégradations de pelouses/parcs). Les dégâts agricoles ne sont absolument pas étudiés. ni pris en compte, ce qui est une limite sérieuse au triomphalisme des animalistes.
- De plus, et c’est troublant, l’analyse détaillée des résultats sur la baisse des plaintes dans l’étude GonaCon à Barcelone (commune de Collserola et interfaces urbaines) montre que le chiffre de 80 % de plaintes en moins provient uniquement des déclarations de Giovanna Massei et de l’équipe de Manel López-Béjar lors de la conférence internationale de mai 2026. Il n’existe pas de publication scientifique détaillée avec des chiffres bruts, un protocole précis de mesure ou de comparaison statistique avant/après avec groupe témoin. Aucun tableau, graphique ou base de données ouvert ne fournit le nombre exact de plaintes avant/après (ex. : X plaintes en année N contre Y en année N+2). On ne nous donne pas la méthodologie précise de comptage (registres municipaux ? Appels au 112 ? Enquêtes ?), aucun groupe témoin clair avec analyse statistique publiée (avant/après) et on ne prend pas en compte les variables comme la gestion des déchets ou les variations naturelles de population.
En clair, pas de données brutes publiques : on ne connaît pas le nombre exact de plaintes avant/après, ni la méthode exacte de comptage. Le chiffre est présenté de façon globale et pour le moins optimiste, si ce n’est biaisé et militant.
On note aussi une absence de prise en compte des facteurs externes qui pourraient influencer l’évolution des plaintes. Il est difficile de savoir quelle part de la baisse est due au vaccin ou à d’autres mesures comme une meilleure gestion des déchets, la pose de clôtures, la sensibilisation des habitants ou à des variations naturelles de population.
Le Parti animaliste ose néanmoins reprendre ce chiffre pour promouvoir la contraception comme alternative à la chasse. Quel sérieux…
L’étude faite autour de Barcelone
Des chercheurs de l’Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), en collaboration avec la Diputació de Barcelona et des partenaires internationaux (comme l’APHA au Royaume-Uni et le NWRC aux États-Unis), ont réalisé un projet pilote4 de 2017 à 2021. Ils ont capturé 219 sangliers dans des communes comme Terrassa, Matadepera, Vacarisses et Sant Cugat del Vallès (près du Parc de Collserola). 192 ont reçu le vaccin GonaCon par injection, avec un taux de recapture d’environ 29 % (154 recaptures) permettant un suivi détaillé.
Réduction du nombre de naissances estimée (ex. : un projet antérieur évoquait ~400 individus « non nés » sur un an dans le Vallès Occidental).
Une deuxième phase visait, à partir de 2022 à confirmer la permanence de l’effet chez les jeunes et à explorer d’autres méthodes d’administration du GonaCon, la voie orale en particulier à l’aide d’appâts qui serait bien moins coûteuse et permettrait une mise en oeuvre à plus grande échelle.
Les résultats sur la fertilité annoncés sont les suivants :
- Pour les femelles (21 recapturées et évaluées) :Infertilité induite durant 4 mois à 3 ans selon le moment de recapture.
- Sur les jeunes femelles : sur les 12 traitées ils annoncent 100 % d’efficacité puisqu’elles sont restées infertiles pendant toute la durée de l’étude.
- Chez les adultes : deux femelles (une gestante et une allaitante au moment du traitement) sont redevenues fertiles un an après.
- Pour les mâles (22 recapturés et évalués) : infertilité observée chez 7 individus, durant 4 mois à 2 ans.
Mais le plus important est que la réduction du nombre de naisance n’est qu’estimée. Un projet antérieur évoquait environ 400 individus « non nés » sur un an dans le Vallès Occidental.
La zone d’expérimentation : le périmètre exact est le suivant : interfaces urbaines du Parc de Collserola (environ 8 000 ha) avec les quartiers nord de Barcelone (districts : Sarrià-Sant Gervasi, Gràcia, Horta-Guinardó…) et les communes voisines du Vallès. Il s’agit d’un milieu semi-fermé (parc naturel entouré de zones péri-urbaines et pavillonnaires), ce qui facilite le suivi et la vaccination par rapport à des populations de milieu naturel.


Il est évident que la chasse est difficile, voire impossible dans un tel environnement mais que ce terrain n’est pas représentatif des milieux ouverts, agricoles ou forestiers. Tirer des conclusions générales d’une étude menée dans un tel environnement serait malhonnête mais c’est quand même ce que fait le parti animaliste. Qui est surpris ?
Le GonaCon, mythe et réalité
Cela fait déjà quelques années que des chercheurs se penchent sur l’efficacité d’un médicament stérilisant, le GonaCon (vaccin immuno-contraceptif anti-GnRH). Des test ont été faits aux États-Unis sur des populations de cerfs de Virginie et en Espagne, dans la banlieue de Barcelone, sur des sangliers. Les résultats ne sont pas aussi positifs que ce que la propagande du parti animaliste voudrait nous faire croire.
L’efficacité est souvent incomplète avec une seule dose et la réponse individuelle est très variable : tous les animaux ne développent pas le même niveau d’anticorps. Une seule injection donne souvent une contraception de 50 à 70 % la première année chez les ongulés (cerfs, chevaux, sangliers), et elle diminue fortement ensuite. Chez les sangliers, les études faites en captivité (Massei et al.) montrent une infertilité longue (de 4 à 6 ans chez certaines femelles) mais en conditions réelles (terrain ouvert), l’efficacité est bien moindre5.
Il faut, en général, administrer une deuxième dose pour que l’efficacité soit réelle mais cela n’a été mesuré que sur des chevaux et cela oblige à recapturer les animaux pour les vacciner ou à trouver un moyen pour leur faire ingérer le produit.
La couverture est insuffisante en population ouverte : les sangliers non traités migrent, les jeunes naissent et se reproduisent. Pour un effet significatif, il faut traiter un pourcentage élevé de la population (idéalement supérieur à 70-80 %), avec des rappels, ce qui est impossible en milieu rural vaste comme en France.
Les limites de la méthode GonaCon pour la stérilisation des sangliers sont principalement logistiques, opérationnelles et contextuelles, même si les essais autour de Barcelone (UAB) ont démontré une certaine efficacité biologique. Voici les principales limites, basées sur les études et retours du projet catalan et d’autres recherches similaires.
1. Nécessité de capture ou d’appâts spécifiques (limite majeure)
- Le vaccin est injectable : il faut capturer les animaux pour l’administrer (piégeage, puis injection).
- Cela limite l’échelle : dans les essais barcelonais, seulement 200 individus ont été traités sur plusieurs années. Difficile d’atteindre une proportion suffisante de la population (idéalement il faudrait atteindre 50 à 70 % des femelles reproductrices pour un impact notable).
- Des systèmes d’appâts sélectifs (comme le Boar-Operated System – BOS) sont en développement pour une administration orale, mais ils ne sont pas encore opérationnels à grande échelle et posent des risques de non-ciblage6.
Le BOS a aussi des limites et des inconvénients.
- Nécessite un pré-appâtage pour habituer les sangliers.
- Pas infaillible à 100 % dans tous les environnements (ex. : sangliers très jeunes ou très petits peuvent avoir plus de mal).
- Coût de fabrication et de déploiement (mais néanmoins inférieur à la capture systématique).
- Doit être placé stratégiquement sur des zones de passage sans concurrence alimentaire.
2. Effet non immédiat
- La contraception réduit les naissances futures, mais n’élimine pas les adultes existants. La baisse de densité prend plusieurs années (2-5 ans selon les modèles).
- Pas adapté aux situations d’urgence (dégâts agricoles immédiats, accidents de la route, risques sanitaires comme la peste porcine africaine).
3. Durée variable selon l’âge et le sexe
- Efficace et souvent durable (jusqu’à 3 ans ou plus, potentiellement permanent) chez les jeunes femelles.
- Moins constant chez les adultes : certaines femelles peuvent redevenir fertiles après 1 an (besoin de rappels).
- Chez les mâles : effet plus variable et souvent plus court (réduction de la libido/spermatogenèse, mais pas à 100% ).
4. Coût et adaptabilité
- Captures et vaccinations sont des opérations coûteuses et chronophages (personnel, matériel, suivi par recapture ou colliers GPS).
- Dans les zones urbaines/périurbaines (comme autour de Barcelone), c’est envisageable, mais le coût reste important.
- Ce n’est clairement pas adapté aux vastes zones rurales ou forestières où la chasse reste plus efficace et économique.
5. Autres limites pratiques
- Migration : les sangliers non traités des zones adjacentes peuvent compenser la baisse locale.
- Risques de résistance immunitaire ou variation individuelle chez les animaux. Les anticorps diminuent avec le temps, ce qui est un inconvénient pour un contrôle durable de population.
- Risque de sélection : les animaux qui répondent mal au vaccin pourraient transmettre une moindre réponse immunitaire aux autres.
- Pas d’effet sur les nuisances immédiates : les adultes traités continuent de causer des dégâts.
- Suivi scientifique nécessaire : anticorps, fertilité, effets à long terme.
Ce n’est pas une solution qui permettra de se passer de la chasse. Les promoteurs de ce vaccin reconnaissent eux-même qu’il s’agit d’un outil complémentaire et expérimental, pas d’un remplacement total, surtout là où la chasse est efficace et acceptée.
En résumé, les études en captivité sont positives, mais les données de terrain à grande échelle restent limitées. Le GonaCon est limité comme outil non-létal à des contextes très spécifiques comme les zones urbaines, les parcs en lisière des villes où la chasse est impossible. La durée d’efficacité n’a été jugée intéressante que chez des sangliers en captivité. Ses limites opérationnelles (administration, couverture populationnelle, coût, variabilité) le rendent difficilement utilisable pour réguler les populations de sangliers en France rurale à grande échelle.
Le coût du GonaCon
Le coût de la méthode GonaCon pour la stérilisation des sangliers est élevé, principalement en raison des opérations de capture. Il n’existe pas de chiffre public précis et détaillé pour le projet pilote de l’UAB autour de Barcelone (2017-2021), car il s’agissait d’un projet de recherche scientifique financé par des institutions (UAB, Diputació de Barcelona, partenaires internationaux). Cependant, on peut estimer les ordres de grandeur à partir des données disponibles sur des projets similaires.
Coût du vaccin
- Le vaccin GonaCon coûte environ environ 16-28 € par dose (selon les études sur d’autres espèces comme les cerfs ou chevaux sauvages).
- La dose semble relativement bon marché mais il faut souvent en administrer 1 ou 2 selon l’efficacité recherchée et il faut aussi mettre ce prix à l’échelle de la population de sangliers en France que l’on estime à plus de 2 millions.
Coûts opérationnels : capture et suivi
- La capture représente la plus grande part des dépenses : piégeage, anesthésie, injection, marquage (colliers GPS ou puces), recapture pour suivi.
- Dans une étude sur des cerfs à queue blanche (projet sur 5 ans, 154 captures) aux États-Unis, les coûts se sont élevés à environ 2 078 USD (soit 1 900 €) par capture en moyenne, incluant le personnel, le matériel et toute la logistique nécessaire. Le coût total du projet atteignait 320 000 USD. La contraception injectable s’est avéré être de 73 % à 87 % plus chère que la simple élimination par tir.
- Pour les sangliers (plus difficiles à capturer en zones urbaines/périurbaines), les coûts sont supérieurs.
Exemples de coûts globaux
- La ville de Barcelone a dépensé 237 000 € en 2025 pour un contrat de gestion des sangliers urbains (capture + euthanasie via une entreprise spécialisée). Ces chiffres concernent la gestion létale, mais illustrent l’échelle budgétaire pour des interventions en zone urbaine.
- En Italie, un fonds expérimental pour tester le GonaCon sur les sangliers était de 500 000 € en 2022.
- Le projet UAB a traité environ 192 sangliers ; en extrapolant des coûts de capture similaires, on peut estimer le coût à plusieurs centaines de milliers d’euros pour la phase pilote (sans compter le suivi scientifique).
Évidemment, ni l’étude, ni la parti animaliste ne disent qui payerait la mise en oeuvre de ce procédé. L’État, les collectivités locales ? Ce sera donc à la charge du contribuable. Notons qu’actuellement la régulation est faite gratuitement par les chasseurs. Et que cela ne coûte rien à la collectivité. N’est-ce pas monsieur Jiguet ?
Imaginons ceci à l’échelle de la France, le budget nécessaire serait pharamineux. Même si les formulations orales (appâts) en développement pourraient faire baisser les coûts en évitant les captures systématiques, ce n’est donc pas une solution « low-cost » envisageable à grande échelle sans subventions ou intégration dans des programmes publics. Comme d’habitude, nos zozos animalistes comptent sur la générosité publique pour parvenir à leurs fins. Il faudrait donc que les français financent leurs délires idéologiques.
On peut aussi se demander pourquoi le canton de Genève qui a interdit la chasse en 1974 ne s’est pas lancé dans cette expérimentation. Les suisses seraient-ils plus sérieux que la municipalité de gauche radicale (Podemos) qui était élue à Barcelone à l’époque à laquelle a été lancée et fiancée cette expérimentation ? Rappelons que Podemos est un parti farouchement opposé à la chasse, il n’est donc pas surprenant que cette étude ait été faite sur ses terres catalanes et avec son soutien.
- « 80 % de plaintes en moins après la stérilisation des sangliers », cette méthode peut-elle réduire les sangliers dans les villes ?.fr ↩︎
- Giovanna Massei, professor and Europe director of the Botstiber institute fo wildlife fertility control ↩︎
- Giovanna Massei – Human – wildlife interactions ↩︎
- El tratamiento inmunocontraceptivo en jabalíes urbanos y periurbanos: eficaz, especialmente en ejemplares jóvene ↩︎
- Effect of the GnRH vaccine GonaCon on the fertility, physiology and behaviour of wild boar ↩︎
- Researchers set to tackle the growing wild boar problem with oral contraception. ↩︎
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incroyable que ce soit les autoproclamés défenseurs de la cause animale qui plaident pour la stérilisation chimique de la faune sauvage !!! faisant fi des effets secondaires et des conséquences ethologiques sur ces populations sans parler des incidences sur la consommation de ces gibiers !!! l’idéologie est la pire des castrations intellectuelles
Oui mais un animaliste n’est pas un écologiste. Il y a une différence entre les 2 familles de pensée. Par contre, les expérimentations semblent montrer qu’il n’y a pas d’effets secondaires. Ce n’est pas l’idéologie en général qui est une castration mais certaines idéologies.