C’est aujourd’hui que s’est ouvert devant la cour d’assises de la Marne, à Reims, le procès de Jean-Louis Leroux, cet éleveur jugé pour « tentative de meurtre » après avoir blessé l’un des trois voleurs qu’il avait surpris sur son exploitation.
Le tribunal, ce matin, a donné une parfaite image de notre société en perdition. Les trois voleurs sont sur le banc des parties civiles et l’homme qui défendait son bien, son outil de travail, est sur le banc des accusés.
Les faits qui lui sont reprochés datent de 2020. Dans la nuit du 1ᵉʳ février 2020, à Ambrières, un petit village de la Marne, Jean-Louis Leroux, entend du bruit, il se lève et surprend trois individus près d’un de ses tracteurs en train de voler du carburant. Il appelle d’abord les gendarmes puis son frère et, accompagné par ce dernier et avec son fusil, va à leur contact. Les trois voleurs cherchent à s’enfuir, l’agriculteur tire un coup de semonce vers le sol puis un autre à hauteur d’homme qui touche un certain Diego H qui sera grièvement blessé et devra subir plusieurs opérations. Ses deux complices prennent la fuite et seront arrêtés plus tard. Les trois voleurs sont cousins et, selon le Parisien, issus de la communauté des gens du voyage1. L’éleveur a été placé en détention provisoire et n’a été libéré qu’après la mobilisation des des agriculteurs de sa région. Mais la justice lui a interdit de retourner dans le département où il vit ; il ne peut donc plus exploiter sa ferme. Il paraît que la justice est rendue au nom du peuple français, il semble qu’elle soit en fait rendue en fonction de principes idéologiques bien loin des préoccupations des citoyens.
Jean-Louis Leroux est accusé de tentative de meurtre et encourt jusqu’à trente ans de prison, soit six fois plus que deux des voleurs, le troisième, lui, est passible de dix ans de prison puisqu’il est récidiviste (quelle surprise…). Le procès doit durer quatre jours. Le verdict sera rendu jeudi.
Un agriculteur excédé
Cet éleveur a subi 40 vols de carburant en 2019 sur sa ferme. Jean-Louis Leroux avait déposé 30 plaintes au cours des cinq années précédant les faits. Le Parisien précise que ce sont environ 7 000 litres de carburant qui lui ont été volés en 2019 et qu’il a subi quatre vols de gazole depuis le début de l’année 2020 soit en un seul mois. Le député Charles de Courson s’était ému de cette situation qui a conduit à un drame à l’Assemblée nationale2.
« Jean- Louis Leroux, agriculteur de cette commune, a été victime de plus de cinquante cambriolages au cours des cinq dernières années. Entendez-vous bien, messieurs les ministres ? Cinquante cambriolages, dont quatre depuis le début de l’année ! […] Les agriculteurs et les viticulteurs ont le sentiment qu’il n’y a plus d’État. »
Aucune arrestation n’a eu lieu suite à ses nombreuses plaintes. La FDSEA de la Marne précisait qu’après chaque vol, il appelait la gendarmerie, déposait plainte et faisait confiance aux autorités et à la justice. Elle indique également qu’une réunion avait été organisée avec la gendarmerie en décembre 2019 pour chercher des moyens de protéger l’exploitation. Apparemment, aucun moyen n’a été trouvé par la Gendarmerie nationale, probablement trop occupée à verbaliser des conducteurs « flashés » à 95 km/h au lieu de 90. Les agents de l’OFB sont plus prompts à harceler les agriculteurs que la Gendarmerie à les protéger.
La criminalité à l’encontre des agriculteurs est largement impunie
Pour 2025, le SCRCGN (Service central de renseignement criminel de la Gendarmerie nationale) comptabilise 15 104 faits d’atteintes aux biens en milieu agricole en France contre 15 060 en 2024. Il faut aussi prendre en compte que nombre de petits vols ne sont pas déclarés par les agriculteurs qui ne veulent pas perdre de temps à la Gendarmerie, sachant pertinemment que les auteurs ne seront que mollement recherchés et presque jamais arrêtés. Un rapport parlementaire3 donne une information intéressante : pour les réseaux de vols agricoles, 63 % des personnes mises en cause sont de nationalité étrangère.
Le ministère de l’intérieur indique par ailleurs que la nature des vols a changé4 :
- le matériel électrique constitue la principale catégorie depuis quelques années ;
- les vols de GPS agricoles ont fortement progressé ;
- les vols de carburant sont en forte hausse.
En matière pénale, aucune circonstance aggravante spécifique aux exploitations agricoles n’existait jusqu’ici, alors même que le code Napoléon de 1810 reconnaissait la vulnérabilité du milieu rural et avait prévu des peines spéciales pour les vols de chevaux, de récoltes, et d’instruments agricoles. Le code pénal de 1994 a supprimé ces spécificités, reléguant ces faits au droit commun du vol simple.
L’article 48 de la loi d’urgence agricole rétablit une circonstance aggravante lorsque le vol est commis : « dans un lieu dans lequel est exercée une activité agricole. » La version définitive vise également certains biens et équipements liés directement à l’activité agricole.
Conséquence : un vol simple, normalement puni de 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, peut désormais, lorsque la circonstance aggravante agricole est constituée, être puni de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.
Le problème est que ces vols sont rarement élucidés. Les statistiques du ministère indiquent que seulement 9 % des vols dans les exploitations agricoles ont donné lieu à l’identification d’au moins un « mis en cause« . Pour les GPS, seuls 2% des vols sont élucidés.
Une justice à la dérive
Il y a lieu de s’inquiéter pour cet éleveur qui n’a, somme toute, que défendu son bien et son outil de travail. Dans un monde normal, il ne devrait même pas être inquiété. Mais nous sommes dans la France de 2026 ; les valeurs qui devraient être les fondations d’une société digne de ce nom sont réfutées par tout un système et ceci a aussi atteint la justice qui semble être fondamentalement viciée. Nous devons ceci à Badinter qui, en 1981, a installé dans son cabinet nombre de militants du Syndicat de la magistrature. Un des membres fondateurs de ce syndicat, Oswald Baudot, donnait sa vision de la justice « Soyez partiaux (…) Examinez toujours où sont le fort et le faible qui ne se confondent pas nécessairement avec le délinquant et sa victime. Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l’enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l’ouvrier contre le patron, pour l’écrasé contre la compagnie d’assurance de l’écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice«
Résultat, la justice se place davantage du point de vue du délinquant à réinsérer que de celui de la société à protéger. Cela installe en France une défiance généralisée à l’encontre des magistrats et du sytème judiciaire qui risque de conduire à de plus en plus d’actes de ce genre. Les juges vont-ils alors mettre en prison toute la population excédée par leur laxisme et leur idéologie ?
« La justice, c’est comme la Sainte-Vierge, si on ne la voit pas de temps en temps, le doute s’installe. » (Michel Audiard)
- L’éleveur de la Marne qui a tiré sur ses cambrioleurs reste en prison ↩︎
- XVe législature. Session ordinaire de 2019-2020. Première séance du mardi 25 février 2020 ↩︎
- Chapitre VIII du Rapport fait au nom de la commission des affaires économiques sur le projet de loi, après engagement de la procédure accélérée, d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. ↩︎
- Portrait-robot des 30 vols quotidiens commis dans les exploitations agricoles ↩︎
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