« Encore un siècle de journalisme et tous les mots pueront. » Nietzsche1
Il y a quelques jours, deux titres du groupe La dépêche (Jean-Michel Baylet) ont publié des articles qui ont fait bondir les chasseurs. C’est assez surprenant de la part d’un groupe de presse implanté dans une région où la chasse est extrêmement populaire. Avec ces deux articles, ce groupe de presse nous démontre qu’il a oublié ce que la déontologie journalistique veut dire.
Peut-on encore appeler cela du journalisme ? Ces deux titres avides de sensationnalisme et qui ont délaissé leur fonction première (informer), méritent-ils encore les 10 millions d’aide à la presse qu’ils reçoivent de notre part chaque année ? Le groupe La Dépêche qui comprend notamment La Dépêche du Midi, Midi Libre et L’Indépendant figure parmi les plus importants bénéficiaires des aides directes de l’État allouées à la presse régionale en France. Il faut aussi savoir, qu’en plus du soutien de l’État, le groupe perçoit des subventions et des contrats de communication de certaines collectivités territoriales d’Occitanie. Le nouveau maire de Carcassonne vient d’annuler les 75000 euros de subventions annuelles que la ville allouait au groupe. Les mesures de rétorsion ne se sont pas faites attendre et les titres du groupe se sont immédiatement attaqués à la nouvelle municipalité. Probablement une coïncidence…
Un appel à la délation
Le premier « article » appelle clairement à la délation à l’encontre des chasseurs. Le titre est éloquent : « Vous ne supportez plus la chasse près de chez vous ? Il y a des tensions dans votre village ? Racontez-nous. »

Le reste de l’article est du même acabit : « Vous n’en pouvez plus des battues près de chez vous ? Vous sursautez quand vous entendez les fusils au loin ? Vous vous inquiétez du sort de certains animaux du classement ESOD ? Vous avez eu des tensions avec des chasseurs près de chez vous ? Midi Libre veut recueillir votre témoignage. » Cet article est non signé, l’auteur en aurait-il honte ? Si c’est le cas, il a raison.
Non seulement le journal incite à la délation mais en plus, il suggère les motifs de plainte et de critiques contre la chasse. C’est presque un guide anti-chasse qui est ainsi fourni. Si les gens manquaient d’idées, le journal leur en donne.
On croirait lire l’inénarable prose des deux égéries de 1 jour 1 chasseur. D’ailleurs, il n’aura pas fallu longtemps pour que cet appel soit rapidement partagé sur les réseaux sociaux par des associations comme l’ASPAS et des militants et groupuscules anti-chasse.

Ici, 1 jour 1 chasseur relaie l’appel d’Eddine Ariztegui, l’élu municipal animaliste de Montpellier. Il est rassurant de constater que ces appels aux faux témoignages ne font pas recette puisque en cinq jours il n’a recueilli que dix « like », ce qui est un vrai four comme on dit au théâtre. On se demande où sont les soi-disant 80% de français opposés à la chasse…
Il s’agit clairement d’une forme d’appel à la délation et plus encore à de la « dénonciation calomnieuse ». Le journal incite à pointer du doigt une catégorie de citoyens qui pratique une activité légale et crée ainsi un climat de suspicion, plutôt que de chercher un débat équilibré. Bien sûr, l’appel à témoignages est une pratique journalistique courante pour illustrer un sujet de société. Cependant, le choix des mots ici a cristallisé les tensions en ciblant uniquement les avis négatifs.
Il est évident que les témoignages ainsi recueillis ne seront jamais vérifiés par le journal et permettront ainsi à la horde des anti-chasse, des mémères à chats et des désoeuvrés de partager des témoignages inventés et fabriqués de toutes pièces. Peut-on réellement appeler cela du journalisme ?
Puisque ce journal donne une adresse mail pour recueillir les témoignages, je vous suggère de lui envoyer vos plus beaux souvenirs de chasse : temoignages@midilibre.com
Un titre tendancieux et clairement incomplet, une vraie manipulation
Pour continuer avec l’absence de déontologie, La Dépêche du Midi (autre média du groupe de Jean-Michel Baylet) titre le 21 septembre : « Le chasseur ouvre le feu sur une femme de 39 ans après l’avoir confondue avec un cerf : la mère de cinq enfants mortellement touchée. »

Bien sûr, les faits sont exacts, ils sont horribles et cela ne devrait pas arriver mais ce titre est une honteuse manipulation car la Dépêche oublie bizarrement de préciser que cet accident a eu lieu dans le Delaware aux Etats-Unis. Cela permet de mobiliser l’émotion (mère de cinq enfants), de susciter des réactions scandalisées des lecteurs qui se contenteront du titre et d’augmenter le ressentiment à l’encontre des chasseurs français. Il semble que les accidents de chasse en France soient maintenant trop peu nombreux et que cela oblige les journalistes/militants à aller en chercher à l’étranger. Est-ce du journalisme ou de la propagande ? La réponse est bien évidemment dans la question.
« Le journalisme justifie son existence par le grand principe darwinien de la survivance du plus vulgaire. » écrivait Oscar Wilde2. L’auteur de cet article, une certaine Sabrina El, devrait lire ceci et en tirer des conclusions personnelles et professionnelles.
Un patron de presse qui n’a pas de leçon de morale à nous donner.
Le groupe La Dépêche du Midi appartient à Jean-Michel Baylet, ancien ministre et figure politique du Tarn-et-Garonne. Celui-ci a été au cœur de plusieurs polémiques et affaires judiciaires sordides depuis les années 2000.
La plus médiatisée concerne des accusations de viols et d’agressions sexuelles sur mineure. Nathalie Collin, fille de l’ancien sénateur PRG Yvon Collin, affirme avoir subi des viols et agressions sexuelles de la part de Jean-Michel Baylet lorsqu’elle avait entre 12 et 14 ans, au début des années 1980. Baylet nie formellement ces accusations mais il n’y a jamais eu de procès car le parquet de Paris a classé l’enquête sans suite pour prescription des faits, les actes dénoncés remontant aux années 1980. Un documentaire a été néanmoins réalisé à ce sujet3.
Une autre affaire concerne une ancienne collaboratrice parlementaire, Bernadette Bergon. En 2003, celle-ci dépose plainte contre Jean-Michel Baylet pour coups et blessures, affirmant qu’il l’aurait frappée, contrainte à rédiger sa démission sous la menace, puis expulsée nue de son domicile. Une « transaction » aurait été trouvée avec la victime, conduisant au retrait de la plainte et au classement sans suite de l’affaire par le parquet.
Enfin, Jean-Michel Baylet a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et à 30 000 euros d’amende dans une affaire d’abus de biens sociaux liée à son usage du groupe de presse. Il a utilisé des employés du journal pour des tâches personnelles (ménage de son domicile, entretien de voitures, maintenance d’un bateau familial en Grèce). Le journal finançait aussi directement son loyer parisien (environ 14 000 francs par mois à l’époque). En mars 2003, il a été reconnu coupable d’abus de biens sociaux, de recel d’abus de biens sociaux et de faux et usage de faux.
Non, vraiment, nous n’avons pas de leçon de morale à recevoir de cet individu !
- Fragments posthumes – Friedrich Nietzsche – Collection Œuvres philosophiques complètes (no10) Gallimard ↩︎
- Dans la conversation, s.d., in La jeunesse est un art. Épigrammes choisies et traduites par Léo Lack, éd. Jean Jacques Pauvert, 1974 ↩︎
- « Baylet, notable pédocriminel ? » : un documentaire revient sur les accusations contre l’ex-ministre ↩︎
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