Les deux chasseurs qui avaient pris la décision d’achever un sanglier sur le bord d’une route en décembre 2025 près de Châteauroux vont être rejugés puisque le parquet a fait appel, considérant sans doute que les peines prononcées à leur encontre sont trop légères. On peut s’interroger sur les priorités de l’institution judiciaire.

Rappel des faits

En décembre 2025, un sanglier blessé au cours d’une action de chasse, se retrouve au bord de la D67, près d’un centre commercial, à proximité de Châteauroux. Un chasseur passant par là en voiture, considérant que l’animal est dangereux, s’arrête, tente de l’achever à la dague, n’y arrive pas ; un autre chasseur, rentrant de la chasse s’arrête aussi, prend son arme et tire sur l’animal. Une conductrice filme la scène et diffuse sa vidéo sur les réseaux sociaux en disant avoir été « bouleversée » par la vue de l’arme et par le tir. Cette brave dame est sans doute bien moins bouleversée par les conditions de vie et d’abattage de la viande de bas de gamme qu’elle venait d’acheter dans son supermarché. C’est ce que l’on appelle de la dissonance cognitive, mal dont sont atteints beaucoup de nos semblables…

Les autorités se saisissent de l’affaire

Évidemment, les autorités se saisissent de l’affaire et les deux hommes qui pensaient bien faire se retrouvent au coeur d’un cyclone judiciaire.

Selon l’OFB « Un arrêté préfectoral interdit la possession d’une arme à feu chargée à proximité d’une route. Il va falloir éclaircir la situation et comprendre si le tir était justifié pour des raisons de sécurité. »

Probablement émoustillé à l’idée de faire subir les foudres de la loi à deux français sans histoire, le procureur de la République de Châteauroux, David Marcat, annonce « saisir le commissariat pour l’ouverture d’une enquête à ce sujet. » Il estime que le chasseur ne devait pas « avoir une arme sur la voie publique. »

Résultat, le chasseur de 76 ans est placé en garde à vue et les deux hommes sont convoqués par la justice pour mise en danger de la vie d’autrui et transport sans motif légitime d’armes de catégorie C (le fusil) et D (la dague). Dix mois après ces faits, le procès a lieu ; le chasseur qui a tiré est relaxé et celui qui a utilisé sa dague est condamné à une amende de 500 € avec sursis pour transport sans motif légitime d’une arme de catégorie D.

Incohérence et acharnement

On ne peut qu’être surpris par l’incohérence totale des motifs qui ont conduit les deux hommes jusqu’au procès et à ainsi surcharger la justice.

Transport sans motif légitime d’une arme de catégorie C. Faux monsieur le procureur. L’homme revenait de la chasse et le transport d’une arme de catégorie C est légitime dans ce cas. L’enquête l’a attesté puisque l’homme a été relaxé. Alors pourquoi aller jusqu’au procès ?

Mise en danger de la vie d’autrui ? Non, monsieur le procureur, le tir a été effectué en direction des bois et non de la route ; cela a été établi par l’enquête et l’homme a d’ailleurs été relaxé de ce motif. Le tribunal a pris en compte le fait que le chasseur avait tiré à bout portant, en adaptant son angle pour abattre l’animal sur le bas-côté sans que le projectile ne menace directement les automobilistes.

Transport sans motif légitime d’une arme de catégorie D (la dague). Oui, en effet, en France aujourd’hui, un honnête citoyen ne peut avoir sa dague de chasse dans sa voiture. La personne en question a d’ailleurs été condamnée à 500 euros d’amendes.

Lors du procès, le procureur de la République, David Marcat, avait qualifié les faits « d’extrêmement graves » et avait requis des sanctions significatives contre les deux prévenus. Il avait estimé que les chasseurs auraient dû faire appel aux autorités compétentes, police, OFB, pour encadrer l’opération sur le domaine public et considérait que l’utilisation d’une arme chargée sur la voie publique en présence d’automobilistes était totalement interdite et inconsciente. Le procureur réclamait une condamnation pénale ainsi que la suspension ou le retrait de son permis de chasser.

Il aurait donc fallu laisser souffrir cet animal et prendre le risque que le sanglier cause un accident de la circulation ou blesse un piéton. Dans ce cas précis, l’application stricte de la lettre de la loi est incohérente. Un magistrat doit aussi prendre les circonstances en compte. Doit-on rappeler au procureur que l’article 132-1 du Code pénal impose au juge d’individualiser la peine en tenant compte des circonstances de l’infraction ?

Le juge l’a compris mais le procureur ne l’entend pas de cette oreille puisqu’il fait appel de ce jugement qu’il trouve probablement trop clément. Le calvaire judiciaire de ces deux personnes sans histoire va donc continuer. Les magistrats n’arrêtent pas de se plaindre que la justice est encombrée et que les moyens d’enquête ne sont pas illimités. Dans ce contexte, l’appel du parquet mérite au minimum une explication sur la nécessité de poursuivre la procédure.

➠ Lire aussi : Dans l’Isère il vaut mieux être dealer que chasseur…

N’y a-t-il pas d’autres priorités ?

Nous aimerions que ce procureur se montre aussi intraitable à propos de la délinquance dans sa ville puisque celle-ci se situe au-dessus de la moyenne nationale pour un certain nombre d’infractions pénales et pas des moindres.

InfractionChâteaurouxFrance
Dégradations volontaires14,1 ‰7,9 ‰
Violences physiques hors cadre familial4,5 ‰2,8 à 3,1 ‰
Violences sexuelles2,6 ‰1,9 ‰
Vols dans les véhicules4,1 ‰3,4 ‰
Cambriolages de logements3,9 ‰3,1 ‰

Source : https://observatoiresecurite.fr/ Délinquance à Châteauroux : chiffres officiels et taux de criminalité 2025

Nous attendons aussi avec impatience de voir si sa sévérité s’étendra aux sept personnes qui ont été interpellées à Châteauroux dans la soirée du 17 octobre, pour des tirs de mortiers d’artifice et des incendies volontaires.

Une sévérité à géométrie variable

Le tribunal judiciaire de Châteauroux se targue pourtant, dans une présentation officielle de sa politique de justice, de privilégier les alternatives aux poursuites. Dans une affaire très médiatisée, le procureur Marcat avait affirmé que la justice devait aussi prendre en compte « le principe de la primauté de l’éducatif… » comme il l’avait alors expliqué dans la presse locale.1

La question n’est pas de réclamer l’impunité pour les chasseurs s’il est avéré qu’ils ont commis des infractions, elle est de demander une justice qui sache distinguer les situations, hiérarchiser ses priorités et proportionner son action.

Au vu de la décision du procureur de faire appel du jugement, certains pourraient s’inquiéter d’une justice trop sévère. Nous allons les rassurer.

Lors des émeutes du 17 octobre dernier, 24 pillards de deux magasins de la place de la République ont été arrêtés en flagrant délit par des gendarmes. La justice a su retrouver le sens de la clémence puisque sur les 24 arrêtés, 11 majeurs ont reçu une convocation ultérieure et restent libres, 2 mineurs ont été déférés devant le juge des enfants et 11 n’ont fait l’objet d’aucune poursuite. Ils avaient pourtant été filmés par les caméras des magasins et arrêtés sur le fait par des gendarmes, tous habillés en noir, cagoulés, gantés et portant des lunettes de protection. Plus de 150 objets volés ont été retrouvés sur eux : enceintes, écouteurs, montres, batteries externes… Un procureur fera-t-il appel ?

Ces deux affaires illustrent de manière particulièrement frappante ce qu’est l’anarcho-tyrannie à laquelle les Français sont aujourd’hui confrontés. Une des meilleures définitions de cet état politique est celle donnée par l’essayiste américain Samuel T. Francis, auteur d’un ouvrage sur l’État moderne, Leviathan.

« Une caractéristique de l’anarcho-tyrannie est cette propension de l’État à criminaliser et à punir des citoyens innocents qui obéissent à la loi, et en même temps de se refuser à punir les délinquants. Une autre est le refus par l’État d’appliquer des lois existantes et de prendre encore plus de lois qui sont sans effet sur la véritable criminalité, mais qui criminalisent encore plus les innocents, ou restreignent leurs libertés civiles. »


  1. https://www.lagazettefrance.fr/article/meurtre-de-matisse-a-chateauroux-un-adolescent-condamne-a-huit-ans-de-prison?utm_source=chatgpt.com ↩︎

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Un commentaire sur « Un procureur s’acharne sur deux chasseurs »

  1. Effectivement …ce procureur n’est pas digne de sa fonction et probablement anti chasse, opinion qu’il peut avoir et ne pas afficher ainsi. Ces 2 hommes ont fait ce qu’ils devaient faire empêchant des dommages potentiels pour les populations.

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