Connaissez-vous la convention de Bonn ? C’est un de ces nombreux accords internationaux chargés de sauver la planète. Cette convention a pour objectif la conservation des espèces migratrices et de leur habitat à l’échelle mondiale. Bien évidemment, l’Office Français de la Biodiversité est impliqué dans les travaux de cet organisme mais aussi dans son financement. L’office apporte son soutien à hauteur de 200 000 euros à deux initiatives dans le cadre de cette Convention1.

Certes, la somme n’est pas énorme et la conservation des espèces migratrices est un sujet important. Il faut néanmoins s’intéresser aux détails de cette annonce. Car, en effet, « the devil lies in details » (le diable est dans les détails) comme disent nos amis anglais.

La convention de Bonn

La Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage « Convention on Migratory Species » (CMS) a été adoptée en 1979. Aujourd’hui, 133 États parties coopèrent au sein de cette convention pour mieux protéger les espèces migratrices, leurs habitats et leurs routes de déplacement. Réunis tous les trois ans en Conférence des Parties, ils définissent ensemble les priorités de conservation.

Pour protéger les espèces migratrices menacées, les parties à la convention s’efforcent :

  • d’accorder une protection immédiate aux espèces migratrices ;
  • de conserver ou de restaurer les habitats des espèces menacées ;
  • de prévenir, d’éliminer, de compenser ou de minimiser les effets négatifs des activités ou des obstacles qui gênent la migration des espèces ;
  • de prévenir, de réduire ou de contrôler les facteurs qui menacent ou risquent de menacer davantage les espèces dans toute la mesure du possible et si cela est approprié.

Les profiteurs du système.

Tout cela est très vertueux mais là où le bât blesse, c’est que ces textes et accords internationaux donnent naissance à pléthore d’organismes bureaucratiques, peuplés de nombreuses personnes affirmant vouloir sauver la planète. Certaines d’entre elles sont certainement honnêtes mais d’autres se ruent sur ces organismes pour y trouver un travail, un salaire confortable et l’occasion de voyager ; un peu comme le parasite qui s’accroche à un organisme pour survivre.

« La bureaucratie peut être considérée comme un ensemble parasitaire où se développent toute une série de blocages, d’embouteillages qui deviennent un phénomène parasitaire au sein de la société. » (Edgar MorinIntroduction à la pensée complexe.)

Tout cela s’intègre dans une galaxie d’organismes internationaux tous aussi inconnus que gourmands en financements. Les membres du comité directeur de la CMS sont : Center for Large Landscape Conservation (CLLC),  IUCN WCPA Connectivity Conservation Specialist Group (CCSG), UN Environment Programme World Conservation Monitoring Centre (UNEP-WCMC), World Wide Fund for Nature (WWF international.

Ses partenaires : Convention on Biological Diversity, Ramsar Convention on Wetlands, United Nations Convention to Combat Desertification, Climate Chance, ICLEI- Local Governments for Sustainability, Bird Life International, East Asian-Australasian Flyway Partnership, International Fund for Animal Welfare, World Bank, Prespa Ohrid Nature Trust, EUROPARC Federation, Zoological Society of London.

Signée en 1979, cette convention semble avoir encore besoin de nouvelles initiatives donnant lieu a des réunions internationales au Brésil, à Abou Dhabi, en Ouzbékistan… Vous remarquerez que les lieux de ces raouts sont quand même plus sympathiques que les « team building » d’entreprises à Tourcoing ou Meudon…

Vous noterez l’utilisation d’un vocabulaire et d’une phraséologie classique des ces organismes internationaux. On utilise un registre lexical grandiloquent (collective, coherent, benefit of nature and people…) fait de formules préfabriquées qui peuvent s’adapter à presque toutes les situations. En linguistique2, on appelle cela des expressions figées. Cela sert-il à masquer la vacuité des réalisations concrètes ? Ce serait presque à souhaiter tant la capacité de nuisance de ces structures peut s’avérer réelle. « La seule chose qui nous sauve de la bureaucratie c’est l’inefficacité. Une bureaucratie efficace est l’une des pires menace à la liberté. » écrivait le sénateur américain Eugene McCarthy.

Outre le fait qu’elles permettent aux membres de faire du tourisme, ces réunions doivent donner l’impression aux contributeurs (les États) qu’elles servent à quelque chose et que leur argent est bien utilisé. Quoi de mieux que de créer des sous-commissions ? Voici les deux dernières en date, nées à Samarcande en 2024.

Le Partenariat mondial pour la connectivité écologique, (Global Partnership on Ecological Connectivity (GPEC). « Le GPEC est une plateforme internationale qui réunit des acteurs pour travailler ensemble sur la conservation. Son objectif est de partager des connaissances, coordonner les actions et définir les priorités pour des actions concrètes. L’initiative est en cours de structuration. Une réunion initiale a eu lieu à Abu Dhabi pour établir les bases de cette coopération. Le soutien financier de l’OFB aidera à coordonner le partenariat et à préparer un programme d’actions pour les trois prochaines années.«  (extrait du communiqué de presse de l’OFB).

Le programme d’action visant à mieux organiser la réponse collective contre les captures d’animaux sauvages illégales ou pratiquées de manière excessive. « Pour y répondre, la CMS a engagé un programme d’action visant à mieux organiser la réponse collective : identifier les priorités, coordonner les efforts existants et encourager des approches communes entre les acteurs concernés. Comme pour le Partenariat sur la connectivité écologique, ce programme est encore en cours de structuration. » (extrait du communiqué de presse de l’OFB).

Signée en 1979, la convention de Bonn peine à prouver son efficacité puisque les spécialistes s’accordent à dire que, rien que sur le pourtour méditéranéen, ce sont des centaines de millions de passereaux et d’oiseaux migrateurs de plus grande taille qui sont tués ou capturés. Les principaux pays en cause sont l’Albanie, Chypre, Malte, le Liban, l’Égypte et le Maroc. Tout cet argent pour quelle efficacité ?

À propos de budget :

La Convention de Bonn (CMS – Convention on the Conservation of Migratory Species of Wild Animals), administrée par le Secrétariat de l’UNEP à Bonn, est principalement financée par les contributions des Parties (États membres).

  • Contributions obligatoires des Parties : Calculées selon une échelle des contributions basée sur le barème des Nations Unies (proportionnel au PIB et à la taille économique de chaque pays). L’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie sont parmi les plus gros contributeurs.
  • Le budget triennal (ex. 2024-2026) est adopté à chaque COP. Il tourne autour de 3 à 3,6 millions € par an.
  • De nombreux pays ont des arriérés (plus de la moitié des Parties en 2024, pour environ 1,4 million USD), ce qui impacte le fonctionnement. Il y a fort à parier que la France, éternelle bonne élève, n’a aucun retard.

Autres sources de financement

  • Contributions volontaires : Des pays, fondations, organisations (ex. UE, GEF – Global Environment Facility) et donateurs privés pour des projets spécifiques, des accords régionaux ou des actions concertées.
  • Soutien de l’UNEP : Le Secrétariat est hébergé et soutenu administrativement par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.
  • Partenariats et projets : Financements externes via le GEF, l’UE, des ONG (WWF, IUCN), ou des initiatives comme le Global Partnership on Ecological Connectivity (GPEC) (soutenu notamment par la Flandre, la France, Monaco, la Suisse, l’Ouzbékistan).

En résumé, ce n’est pas un budget financé par un donateur unique, mais un mélange de contributions des États Parties (majoritaires pour le fonctionnement courant) et de financements volontaires/projets pour les actions sur le terrain.

La France est généreuse…

Les 200 000 euros donnés par l’OFB au nom de la France représentent 15% du budget3 nécessaire à ces deux initiatives. Pourquoi la France devrait-elle participer à hauteur de 15% du budget alors que la conférence sur les espèces migratrices regroupe 133 pays ? Pourquoi les organismes publics français devraient-ils en permanence jouer les généreux donateurs internationaux avec l’argent des contribuables et, en ce qui concerne l’OFB, avec une partie de l’argent des chasseurs ? Cela rappelle beaucoup les projets souvent étonnants, voire scandaleux, financés par l’Agence Française de Développement (AFD). Une commission du Sénat s’est penchée sur le sujet et a découvert que, selon ses propres déclarations, l’AFD n’évalue que 50 % des projets une fois achevés. Cela signifie que 6,5 milliards d’euros engagés chaque année échappent à tout contrôle a posteriori, ce qui pose un sérieux problème en matière d’efficacité et de redevabilité de l’utilisation des fonds publics.

En sera-t-il de même pour les fonds si généreusement versés par l’OFB ? Quand on connait un peu le fonctionnement de ces grandes organisations et agences internationales, on peut douter du sérieux et de la rigueur avec lesquels sera utilisé notre argent. Comme ce financement va à deux initiatives qui sont encore à l’état de projet, (« encore en cours de structuration » selon la formule bureaucratique utilisée pour masquer le réel), il est légitime de se demander si la France aura un droit de regard sur la manière dont il va être utilisé.

Il est aussi légitime de se demander si ce financement ne va pas aller vers des initiatives visant à limiter, voire interdire la chasse de certaines espèces. Compte tenu des financements accordés par l’OFB à France Nature Environnement (500 000 euros) et à Générations Futures (20 000 euros), nous sommes en droit d’être inquiets.

La situation financière de notre pays (3400 milliards de dettes) peut-elle encore permettre à des hauts fonctionnaires (non élus) de dépenser si généreusement l’argent des contribuables ?


  1. L’Office français de la biodiversité renforce son engagement en faveur de la protection des espèces migratrices ↩︎
  2. Certains linguistes se sont penchés sur ce vocabulaire typique des organisations internationales. « Les organisations internationales font partie de ces appareils politico-administratifs qui ont l’habitude de produire une pléthore de textes. […] Ces textes, appartenant à la catégorie des discours institutionnels forment un quasi-idéal type du discours politique : fortement contraints par un rituel de production connu, ils présentent une régularité de forme et de rythme d’apparition. » L’analyse du discours des organisations internationales. Un vaste champ encore peu exploré. Corinne Gobin et Jean-Claude Deroubaix ↩︎
  3. Les autres donateurs sont Monaco, la Suisse, le gouvernement flamand et l’Ouzbékistan. ↩︎

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6 commentaires sur « L’OFB est très généreux avec notre argent. »

  1. Belle et bien interessante enquête qui conforte votre précédent article sur l’impéritie de la FNC vis à vis de l’OFB depuis la mise en chantier de celui-ci. D’évidence, les milieux cynégétiques devraient jouer de leur influence pour instiller auprès des parlementaires l’idée d’une dissolution de l’OFB comme contribution à la réduction du déficit budgétaire de l’État.

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      1. Bien entendu pour l’Adème, le Cese et les ceser. En ce qui concerne l’O.F.B. , son histoire (courte, certes), son héritage (l’O.N.C.F.S.), et la “culture d’entreprise” de ses collaborateurs rendent illusoire toute reprise en main par les chasseurs. Dans les années 1970, les dirigeants cynégétiques eurent la bonne idée de créer avec l’O.N.C. un outil pro-chasse dans l’appareil d’État, mais leurs successeurs s’y sont laissés phagocyter, faute de perspicacité et de courage, par l’Administration. Tout était plié dès le passage de l’O.N.C. à l’O.N.C.F.S. en 2000.

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      2. La culture d’entreprise de l’OFB n’est en effet pas modifiable. Trop d’écolos engagés venus de l’AFB, c’est pourquoi il faut limiter sa capacité de nuisance en redéfinissant et limitant ses missions.

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