Le Royaume-Uni semble être un laboratoire de ce que la gauche peut produire de pire. On le voit avec la politique du parti travailliste à l’encontre de la ruralité et de la chasse. Voici une analyse très pertinente de Tim Bonner1 à propos de cette véritable détestation que la gauche anglaise voue à la ruralité.
Vendredi dernier, j’ai assisté à la fois à l’exposition canine du sud de l’Angleterre à Ardingly et à un évènement caritatif organisé dans le magnifique domaine de Bereleigh, dans le Hampshire, qui a pour but de collecter des fonds pour la Countryside Alliance. Ces deux manifestations mettaient à l’honneur le meilleur de la campagne britannique, des personnes profondément attachées à leurs communautés et aux aspects particuliers de la région où elles vivent et travaillent. C’est une communauté qui ne demande pas grand-chose au gouvernement ni à la société en général, mais y apportent leur contribution tant sur le plan économique que social et culturel.
C’est ce contexte qui rend la politique à l’encontre de la ruralité encore plus difficile à comprendre, en particulier pour ceux qui sont profondément ancrés dans une culture rurale qui considère des activités telles que la chasse, non seulement comme acceptables, mais aussi comme essentielles à leur mode de vie. Historiquement, l’opposition politique à la chasse trouvait sans aucun doute son origine dans l’idée qu’il s’agissait d’activités propres à la noblesse terrienne et qu’il incombait donc aux militants de gauche de s’y opposer.
On retrouve encore un peu de cela au sein de l’aile gauche du Parti travailliste, mais lors du débat actuel sur la chasse à courre, on a pu remarquer à quel point la plupart des députés travaillistes se sont montrés réticents. On est loin du triomphalisme exubérant qui avait accompagné l’adoption de la loi sur la chasse à courre, illustré par la déclaration de Dennis Skinner selon laquelle « c’est pour les mineurs »2. En fait, l’impression qui ressort le plus souvent chez les députés travaillistes des circonscriptions rurales est qu’ils sont quelque peu gênés par la priorité que le gouvernement accorde à cette question. En ce qui concerne la chasse, les députés semblent encore moins préoccupés, alors que le gouvernement a pris la décision extraordinaire d’inscrire la chasse du petit gibier à son agenda politique, en menaçant de réglementer cete activité encore plus sévèrement. Alors, si tout cela n’est pas motivé par la politique partisane et la lutte des classes, d’où cela vient-il ?
➠ Lire à ce sujet : Interview. Tim Bonner, directeur général de la Countryside Alliance
La réponse semble tenir autant au contrôle presque totalitaire que veut exercer la gauche sur toutes nos activités qu’à une question de classe. Une partie importante du mouvement écologiste n’apprécie guère le fait que les propriétaires fonciers privés aient la possibilité de décider comment gérer leurs terres et ce qui s’y passe. Cela est parfaitement illustré par le fait que les propositions du gouvernement concernant la chasse au petit gibier figuraient dans son Cadre d’aménagement du territoire, et non dans sa Stratégie pour le bien-être animal. Les organisations environnementales, alignées sur celles de gauche qui conservent une part de l’aversion marxiste pour le droit de propriété, forment le puissant lobby de ceux qui souhaitent exercer un plus grand contrôle sur tout ce qui se passe dans les campagnes.
En 2005, le député travailliste Peter Bradley a rédigé un article3 qui avait fait grand bruit dans lequel il reconnaissait que la motivation à l’origine de l’interdiction de la chasse était la « lutte des classes ». Si cette expression a fait la une des journaux, c’est un autre passage qui est peut-être plus pertinent aujourd’hui :
« Maintenant que la chasse a été interdite, nous devons enfin l’admettre : le débat autour du projet de loi ne portait pas seulement sur le bien-être animal et la liberté individuelle, c’était une guerre des classes. Mais ce n’était pas une guerre des classes telle que nous la connaissons. Elle n’a pas été lancée par les tribuns contre les nantis – c’était l’inverse. Il ne s’agissait pas d’une politique de l’envie, mais d’une politique du pouvoir. En fin de compte, la question est de savoir qui gouverne la Grande-Bretagne. »
L’interdiction par le gouvernement de la chasse à courre et ses menaces de restreindre la pratique de la chasse à tir ne relèvent pas uniquement d’une lutte des classes, mais aussi d’une guerre culturelle. Une guerre menée contre la culture indépendante, autonome et rebelle de la campagne.
- Tim Bonner est le président de la Countryside Alliance. ↩︎
- Dennis Skinner est l’une des figures marquantes de l’aile gauche du parti travailliste. Sa déclaration faisait référence à la lutte syndicale des mineurs contre la politique de Margaret Thatcher dans les années 80. (NDLR) ↩︎
- Yes – this is about class war – 21 novembre 2004
Bradley a par la suite nuancé son propos en expliquant qu’il s’agissait d’une lutte contre « l’ancien ordre » et les privilèges historiques, plutôt que d’une jalousie de classe traditionnelle. Malgré ce léger revirement, il a été sèchement battu lors des élections de 2005 dans sa circonscription rurale. Nous ne le regretterons pas ! ↩︎
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