Chroniques Cynégétiques a eu le plaisir de longuement interviewer Matthieu Cousty, président de l’Association Nationale des Chasseurs de Grand Gibier (ANCGG).

Un entretien riche, extrêmement intéressant qui démontre que l’ANCGG est entre de bonnes mains avec ce nouveau président, que l’association est en phase avec l’actualité de la chasse du grand gibier en France, qu’elle continue à être une force de proposition. Nous en retiendrons quelques phrases fortes.

À propos de la charte du chasseur de grand gibier :

« Les valeurs qui étaient déjà définies en 1950 restent applicables et défendables aujourd’hui. »

À propos du brevet grand gibier :

« Tout passionné a besoin d’apprendre, a une envie de connaître, une envie de comprendre. »

Sur la gestion forêt-gibier :

« Il y a rarement un problème uniquement d’ongulés ; on a quasiment toujours des problèmes d’origine forestière ou sylvicole. »

« L’ONF annonce que 50% de la forêt française est en déséquilibre, ce qui est faux. Il y a 50% de la forêt française qui contient une parcelle en déséquilibre. Ce n’est pas la même chose !

Sur l’avenir de la chasse :

« La réglementation ne changera rien ; c’est par les bonnes pratiques, la pédagogie et la bienveillance que l’on améliorera les choses. »

Dans cet entretien, il revient sur l’histoire de cette association cynégétique spécialisée, créée en 1950 par François Sommer, sur les grandes réalisations initiées par l’ANCGG dont certaines ont durablement marqué la chasse du gand gibier en France et il réagit à quelques sujets d’actualité récente.

1. Une association historique qui a structuré la chasse française

Créée en 1950 par François Sommer, l’ANCG a joué un rôle majeur dans l’organisation de la chasse moderne en France. Elle est à l’origine ou a fortement contribué à plusieurs dispositifs aujourd’hui considérés comme essentiels :

  • le plan de chasse du grand gibier ;
  • la limitation à trois cartouches des armes semi-automatiques ;
  • la règle de l’angle de tir à 30° ;
  • la généralisation du gilet fluorescent ;
  • le timbre grand gibier ;
  • la création de l’UNUCR pour la recherche des animaux blessés.

Matthieu Cousty insiste sur le caractère visionnaire de ses fondateurs, dont la charte de 1950 demeure largement d’actualité.

2. La formation au cœur de l’identité de l’ANCG

Le Brevet Grand Gibier constitue le « fer de lance » de l’association. Il ne s’agit pas, selon lui, d’une démarche élitiste (mot entendu dans la bouche des ses détracteurs) mais d’une volonté de transmettre une véritable culture du grand gibier, mêlant :

  • connaissance des espèces ;
  • compréhension des milieux naturels ;
  • sécurité ;
  • éthique de chasse ;
  • maîtrise technique du tir.

L’ANCG développe également des formations de perfectionnement au tir afin d’améliorer la sécurité, la précision et de réduire le nombre d’animaux blessés mais aussi à l’équilibre forêt-gibier.

3. Une gestion fondée sur l’équilibre et le dialogue

L’un des thèmes majeurs de l’entretien est l’équilibre forêt-gibier. Matthieu Cousty critique l’idée selon laquelle l’augmentation systématique des plans de chasse constituerait la solution unique aux dégâts forestiers.

Il défend une méthode de diagnostic associant chasseurs et forestiers afin :

  • d’objectiver les dégâts réels ;
  • d’analyser leurs multiples causes ;
  • de construire des solutions adaptées à l’échelle locale.

Il cite notamment l’exemple allemand où les conflits sont davantage résolus par le dialogue de terrain que par des mesures administratives généralisées.

4. Une exigence éthique forte

L’ANCG réaffirme plusieurs positions de principe :

  • opposition à la réintroduction de la chevrotine, jugée contraire à l’éthique et à la sécurité ;
  • scepticisme envers les « shotcams« , considérées comme inutiles pour la recherche d’animaux blessés et contraire aux règles élémentaires de sécurité ;
  • opposition à l’ouverture trop précoce de la chasse du cerf, jugée biologiquement et socialement peu pertinente.

5. Défendre une chasse plurielle et attractive

L’association souhaite promouvoir tous les modes de chasse : battue, affût et approche. Selon Matthieu Cousty, diversifier l’offre cynégétique constitue un moyen :

  • de fidéliser les chasseurs ;
  • d’attirer de nouveaux pratiquants ;
  • de répondre aux attentes des jeunes générations.

Enfin, il estime que l’avenir de la chasse dépend largement de son acceptation sociale et de sa capacité à travailler avec les autres acteurs ruraux.

« La chasse, pour être acceptée, doit être acceptée par les autres acteurs ruraux. Ne pas parler aux forestiers, ne pas parler aux agriculteurs, c’est une pure erreur. »

Cette formule synthétise à elle seule le message central de l’entretien. L’avenir de la chasse repose autant sur la gestion du gibier que sur la capacité des chasseurs à construire des partenariats et à démontrer leur rôle écologique et territorial.


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