Les récentes déclarations de Willy Schraen sur Sud Radio sont assez révélatrices de la désillusion, voire du sentiment de révolte, d’une majorité de français à l’égard de la politique en général mais aussi de ceux qui dirigent le pays depuis dix ans maintenant. Willy Schraen se désole de l’évolution culturelle, sociologique, démographique et politique du pays au point qu’il déclare envisager de quitter la France.

Il est néanmoins assez surprenant que ces déclarations soient faites par un homme qui a, par deux fois, voté pour celui qui est le symbole du déclassement de la France et de la disparition progressive de son patrimoine régional. Schraen envisagerait-il de s’expatrier pour fuir les conséquences des mesures mises en place par celui qu’il a soutenu ? On dit souvent qu’il n’y a pas plus sévère que les amants éconduits ou les amis trahis.

Les déclaration de Willy Schraen sur Sud Radio

Le 24 juin 2026, invité de Sud Radio, il a déclaré : « Je suis fou amoureux de mon pays (…) Mais pour la première fois, je me pose cette question : est-ce que je finirai ma vie dans ce pays ? Je n’en suis même pas sûr. » Willy Schraen n’annonce pas qu’il va quitter la France mais il dit qu’il « envisage cette possibilité » qu’il se « pose la question ».

Ce qui rend cette déclaration surprenante, c’est qu’elle émane d’un homme qui s’est toujours présenté comme profondément enraciné, viscéralement attaché à son village, aux terroirs, aux traditions françaises et plus généralement au monde rural. Il rappelle même qu’autrefois il avait « du mal à partir en vacances » tant il aimait vivre dans son environnement. Le contraste est surprenant : il prétendait incarner l’enracinement et explique désormais qu’il doute de finir sa vie dans son propre pays.

Son raisonnement repose sur plusieurs constats. Selon lui, le monde rural est de moins en moins considéré, les traditions françaises sont constamment remises en cause, les personnes qui défendent certaines valeurs, l’enracinement, l’identité des régions deviennent minoritaires ou stigmatisées. Il résume ce sentiment par cette phrase :

« Je ne m’y retrouve plus en France. Je m’y sens mal. »

Dans cette interview, Schraen attaque le fonctionnement de la vie politique. Selon lui, les responsables politiques cherchent avant tout à gagner les élections plutôt qu’à défendre des convictions. Il oppose une politique de communication à une politique de principes, allant jusqu’à déclarer : « La politique me dégoûte, je ne l’écoute même plus. » On peut se demander pourquoi il est surpris du manque de convictions d’un homme qui a présenté le « en même temps » comme sa ligne de conduite politique ? La politique, c’est faire des choix.

Pour ses soutiens, les aficionados inconditionnels, cette déclaration renforce son image d’homme sincère, exprimant sans détour le découragement d’une partie des habitants des territoires ruraux mais n’est-elle pas plutôt la réaction d’un homme qui comprend avoir été trahi et qui se rend compte qu’il s’est trompé ?

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes.”

Bossuet, à qui on attribue cette phrase, critiquait ainsi les individus qui se désolent des effets qu’ils ont eux-mêmes contribué à produire, tout en refusant d’assumer leur part de responsabilité. Elle dit aussi que les choix ont des effets.

Nous pourrions donc rétorquer à Willy Schraen que ses propres choix passés lui font porter une grande part de responsabilité dans l’état de la France d’aujourd’hui et qu’il a fait quand même preuve, soit d’une incroyable naïveté, soit d’une belle hypocrisie politique.

Rappelons-nous qu’en 2017, il annonce voter pour Macron et qu’en 2002, il apporte un soutien explicite, public et assumé au même Emmanuel Macron dès le premier tour. Il justifie ce choix en mettant en avant les engagements pris par Macron envers les chasseurs durant son premier mandat : création d’un fonds biodiversité, baisse du prix du permis national, maintien de certaines pratiques cynégétiques, dialogue direct avec les fédérations, etc.

Nous pourrions lui faire remarquer que pendant les deux mandats de Macron, nous avons perdu la glu, les pantes, les matoles, les tenderies, que rien n’a bougé à propos de la chasse aux oies, que Macron nous a donné des ministres de l’écologie parmi les plus radicaux et anti-chasse qui soient, que la création de l’OFB dont il se félicitait est une catastrophe, que ses gouvernements ont toujours les soutenu ONG environnementales contre nous, etc, etc…

La disparition progressives de nos chasses traditionnelles (glu, filets, tenderies…) ne sont pas des hasards. Elles s’inscrivent dans une logique politique plus large :

  • volonté d’éradiquer le patrimoine régional ;
  • montée en puissance du droit environnemental européen ;
  • renforcement des autorités administratives (OFB) ;
  • judiciarisation systématique des pratiques rurales.

Feindre la surprise relève d’une forme d’amnésie, voire d’hypocrisie politique.

En apportant son soutien à Macron, Willy Schraen a contribué, même modestement, à sa réélection. Dès lors, dénoncer aujourd’hui les conséquences de cette politique est quand même une belle marque d’incohérence. Si la situation est réellement aussi grave, pourquoi avoir appelé à voter pour celui qui dirige le pays depuis près de dix ans et qui ne faisait pas mystère de ses intentions, de ses idées et de sa ligne idéologique ?

Les intentions de Macron étaient pourtant claires

Willy Schraen nous dit qu’il qu’il ne reconnaît plus la France, que le monde rural est abandonné, que les traditions sont attaquées. Le diagnostic est bon mais pourquoi s’en étonner ? Macron, dès sa campagne de 2017 a clairement énoncé ce qu’il pensait de la France, de sa culture, de son histoire et de son patrimoine. Quand un « homme » attaque ainsi les fondements d’un peuple, d’un pays et d’une civilisation, il ne faut pas s’étonner, qu’une fois arrivé au pouvoir, il mette ce projet en oeuvre et détruise ce qui fonde la France.

Dès 2017, Emmanuel Macron expose pourtant clairement sa vision :

  • une culture pensée comme universelle plutôt que nationale ;
  • une transformation accélérée des structures sociales ;
  • une centralité accrue de l’Europe et des normes ;
  • une transformation profonde des équilibres traditionnels.

« Je ne connais pas d’art français. Il y a des artistes français dans une histoire de l’art universelle. »

« Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France. »

Rien n’était caché et pourtant, Willy Schraen a soutenu ce projet.

Cette idéologie déracinée, mondialisée ne peut que conduire à la dilution de l’identité culturelle française, à la relativisation du patrimoine national et à une vision hors-sol de la culture. Comment s’étonner que la politique mise en oeuvre s’attaque aussi à la ruralité qui est dépositaire d’une part importante de l’identité française ? Pour Macron et les mondialistes, ces campagnes sont trop enracinées, trop françaises. Trop blanches pour dire les choses clairement. Il faut donc faire en sorte qu’elles s’adaptent ou qu’elles disparaissent dans leur forme actuelle. On assiste au même phénomène en Angleterre où la rurale est priée de s’adapter aux « nouveaux arrivants » et d’oublier ce qu’elle est.

Willy Schraen se désole que « les personnes qui défendent certaines valeurs, l’enracinement, l’identité des régions deviennent minoritaires ou stigmatisées. » Comment, d’un côté défendre l’identité, l’enracinement et de l’autre proposer dans son programme des européennes de 2024 (Alliance rurale) que les campagnes soient repeuplées par des migrants ? Jean Lassalle, tête de liste avait évoqué l’idée que certaines communes rurales confrontées à la désertification pourraient accueillir des populations immigrées afin de maintenir des services publics, des écoles ou une activité économique. Selon l’Alliance rurale, l’immigration pouvait constituer une réponse au dépeuplement de certaines campagnes. Je ne me rappelle pas avoir lu ou entendu une critique ou un démenti de la part de Schraen à ce sujet.

Soyons lucides, la transformation démographique conduirait immanquablement à une évolution culturelle et humaine irréversible du pays que nos ancêtres nous ont légué. On ne peut pas appeler à voter pour quelqu’un qui a accordé environ 2 200 000 titres de séjour1 depuis son élection en 2017 et se désoler que le Tasty Crousty remplace le jambon beurre. L’un est la conséquence directe de l’autre.

En définitive, il est évident que, par ses choix politiques, Willy Schraen, a une part de responsabilité politique dans la situation qu’il déplore. Il devrait méditer cette phrase de Nicolás Gómez Dávila « Les concessions sont les marches vers l’échafaud. »

Ce qui est le plus désolant dans tout cela, c’est qu’il n’appelle même pas à la résistance et au sursaut ; il baisse les bras et dit envisager de s’en aller, de déserter. Mais quand on aime son pays, on se bat pour lui ! Sénèque écrivait « Sans adversité, le courage s’amoindrit. Il n’éclate dans toute sa puissance, dans toute sa valeur, que lorsque les événements le sollicitent. C’est seulement dans la souffrance qu’on fait la preuve de sa vertu. La Fortune nous frappe-t-elle, nous meurtrit-elle ? Supportons ses blessures : ce ne sont pas des sévices qu’elle nous impose mais un combat qu’elle nous propose, et ce combat, plus souvent nous le livrerons, plus nous sentirons nos forces grandir » Et bien, monsieur Schraen, les évènements sollicitent notre courage, notre vertu à tous et nous imposent le combat.


  1. C’est l’équivalent de la population d’un État de l’UE comme la Slovénie. 1,2 M de titres ont été accordés à des Africains soit 56% du total. ↩︎

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Un commentaire sur « Willy Schraen à l’heure des désillusions »

  1. Le pragmatisme syndical vs l’idéologie hors-sol
    ​L’auteur du texte reproche à Willy Schraen de ne pas avoir voté selon une idéologie globale. Or, le rôle d’un président de fédération (comme la FNC) est de défendre l’intérêt immédiat et concret de ses adhérents, et non de mener une guerre culturelle.
    ​Le bilan concret : Sous Macron, Schraen a obtenu la division par deux du prix du permis de chasser national (passant de 400 à 200 euros) et la gestion de proximité des espèces. Pour un chasseur de terrain, ce sont des avancées tangibles qu’aucun autre président n’avait accordées.
    ​La politique du compromis : En politique, obtenir 50 % de ce que l’on demande vaut mieux que 0 % en restant dans l’opposition systématique. Soutenir le président en place était le moyen le plus efficace d’avoir un accès direct à l’Élysée.
    ​2. L’UE et le Conseil d’État : Les vrais responsables des interdictions
    ​Le texte accuse Emmanuel Macron d’avoir « supprimé » les chasses traditionnelles (glu, tenderies). C’est une erreur d’attribution juridique :
    ​Ce ne sont pas des décisions arbitraires de l’exécutif, mais des arrêts du Conseil d’État et de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) fondés sur la directive européenne « Oiseaux ».
    ​Aucun gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, n’aurait pu s’opposer indéfiniment à ces décisions de justice sans exposer la France à de lourdes sanctions financières. Accuser Macron (ou Schraen) de cela relève de la méconnaissance des institutions.
    ​3. Le procès d’intention et la caricature d’Emmanuel Macron
    ​Le texte utilise des citations de 2017 pour Essentialiser Macron en « destructeur de la France ».
    ​Dire qu’il n’y a pas « une » culture française mais « une culture en France » est une approche universaliste (la France comme carrefour des cultures), pas une volonté de destruction.
    ​Sur la ruralité, le gouvernement Macron a mis en place des plans concrets comme « Agenda Rural » ou le soutien aux secrétaires de mairie, prouvant que le monde rural n’a pas été purement « abandonné ».
    ​4. La fausse polémique de l’Alliance Rurale et des migrants
    ​L’argument sur Jean Lassalle et l’immigration dans les campagnes est sorti de son contexte :
    ​L’idée de l’Alliance rurale n’a jamais été de « repeupler massivement » les campagnes pour diluer leur identité, mais de répondre de manière pragmatique à la désertification médicale et scolaire.
    ​Accueillir quelques familles (par exemple, des réfugiés statutaires) pour sauver une classe d’école ou un commerce de proximité est une solution de dernier recours partagée par de nombreux maires ruraux de tous bords politiques, par pur bon sens local.
    ​5. Le droit à la lucidité et au doute
    ​Le texte reproche à Schraen de « baisser les bras » et d’être incohérent.
    ​Changer d’avis ou exprimer des doutes face à l’évolution d’un pays est la preuve d’une honnêteté intellectuelle, non d’une trahison.
    ​Constater en 2026 que le « en même temps » macroniste a atteint ses limites n’annule pas le fait qu’en 2017 et 2022, face aux autres candidats, le choix de Macron pouvait sembler être le plus stable pour l’économie et les institutions.
    ​En conclusion : Ce texte de rechange montre que Willy Schraen a agi en stratège syndical efficace, obtenant des gains historiques pour la chasse. Les déceptions actuelles ne sont pas le fruit d’une « hypocrisie », mais la conséquence de dynamiques juridiques européennes et sociétales globales qu’aucun vote politique n’aurait pu stopper net.

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