Voici une étude scientifique extrêmement intéressante qui met en évidence que le déclin de certaines populations d’oiseaux en Europe est en partie due aux prédateurs généralistes (renards et corvidés, principalement). Contrairement à ce que disent les adeptes du ré-ensauvagement, la nature dans nos espaces européens hautement anthropisés ne se régule pas toute seule.

Cette étude publiée en 2020 trouve un écho tout particulier aujourd’hui puisque la liste des ESOD (qui inclue les prédateurs généralistes) n’est toujours pas publiée par le ministère de la transition écologique. La ministre Monique Barbut, aussi surnommée madame transat par certains de ses collaborateurs, se venge-t-elle ainsi de ses déconvenues suite à l’adoption de la loi d’urgence agricole ? En tout état de cause, ce retard, loin d’aider la biodiversité, accentue la pression sur certaines populations d’oiseaux particulièrement fragiles. Il est temps d’arrêter de nommer des militants de l’écologie politique à ce poste et il faut impérativement dissocier écologisme et écologie. Je vous invite d’ailleurs à lire cet excellente analyse parue chez Polémia :

➠ L’écologisme contre l’écologie : anatomie d’une idéologie anti-prométhéenne

On peut tirer deux enseignements de l’étude qui est l’objet de cet article :

  1. Si nous tenons à préserver nos espèces d’oiseaux nichant au sol, il faut continuer, voire intensifier la lutte contre les prédateurs généralistes.
  2. Nous devons faire comme les anglais et les irlandais et nous investir plus sérieusement dans le domaine scientifique pour défendre une approche pragmatique de la gestion de la nature. En France, nous n’en sommes pas là et nous laissons le champ libre à nos opposants (Jiguet et son étude fantaisiste sur le coût et la non-efficacité de la lutte contre les prédateurs, par exemple). Quand nos instances fédérales vont-elles se rendre compte que quelques radars ne suffisent pas ?

Vous trouverez en bas de page l’étude originale et sa traduction en français. Les deux sont téléchargables.

Inutile de préciser que cette étude ne vient pas de France mais d’Irlande et du Royaume-Uni. Ces deux pays semblent avoir trouvé la solution pour produire des études intéressantes, sérieuses, publiées dans des revues scientifiques, revues par des pairs (peer rewied) et favorables à notre vision des interactions entre l’homme et la nature. Nous attendons toujours leur équivalent issu du monde cynégétique français pourtant riche en organismes, directions, conseils et instituts officiellement chargés de cette tâche.

Résumé de l’étude.

Les populations de beaucoup d’espèces d’oiseaux sont en déclin dans toute l’Europe. La politique européenne actuelle, à savoir la directive « Oiseaux » et « Habitats », met l’accent sur la gestion des habitats afin d’enrayer cette baisse. L’étude examine le rôle de la prédation dans le déclin des populations d’oiseaux et se demande s’il convient de repenser notre approche de la gestion des prédateurs généralistes.

L’étude a analysé les tendances des populations d’oiseaux et les changements de répartition à travers l’Europe, la Grande-Bretagne et l’Irlande, en tenant compte d’un gradient croissant d’abondance des prédateurs généralistes, principalement le renard roux et les espèces de la famille des Corvidés. Elle a cherché à déterminer si les espèces d’oiseaux nichant au sol, considérées comme plus vulnérables à la prédation, connaissaient un déclin plus important que celles ayant d’autres stratégies de nidification.

Les résultats sont édifiants. L’étude constate qu’à l’échelle européenne, 74 % des espèces d’oiseaux nichant au sol étaient en déclin, contre 41 % des autres espèces. Ce phénomène était particulièrement marqué en Grande-Bretagne, où le taux était de 66 % contre 31 %, et en Irlande, où il était de 71 % contre 20 %. Les espèces nichant au sol sont nettement en danger que les autres espèces.

Ces tendances corroborent l’hypothèse selon laquelle le déclin des populations est au moins en partie lié à l’augmentation du nombre des prédateurs généralistes.

En Grande-Bretagne, les espèces nichant au sol étaient moins susceptibles de voir leurs effectifs diminuer lorsqu’elles étaient protégées au titre de l’annexe I. En revanche, en Europe et en Irlande, le statut d’espèce protégée au titre de l’annexe I n’a pas atténué l’effet de la stratégie de nidification.

Cette étude a des implications politiques. La législation actuelle est clairement insuffisante pour empêcher le déclin généralisé des oiseaux nichant au sol, et ce, tant en Europe qu’en Grande-Bretagne et en Irlande. Ignorer le rôle des prédateurs généralistes dans les paysages modernes pourrait entraîner de nouveaux déclins et de nouvelles pertes. Il y a un besoin urgent d’expérimentation à grande échelle pour établir un lien de causalité entre l’impact des prédateurs généralistes et les oiseaux nichant au sol dans différents types de paysages. Si nous tenons à préserver nos espèces d’oiseaux nichant au sol, il faut envisager la lutte contre les prédateurs généralistes, au moins jusqu’à ce que les paysages et les populations d’oiseaux menacés soient restaurés.


En savoir plus sur Chroniques cynégétiques

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

2 commentaires sur « La lutte contre les prédateurs est indispensable pour préserver certaines populations d’oiseaux »

  1. Cette étude scientifique est indiscutable mais votre analyse occulte le fait qu’il n’y a pratiquement pas de sangliers au royaume uni.le sanglier en Europe est un généraliste omnivore qui a un impact tout aussi important sur les populations d’oiseaux nichant au sol dont perdrix petit coq. ….je ne donne pas de solution mais les analyses doivent prendre en compte ce phénomène

    1. Ce n’est pas mon analyse mais celle de scientifiques anglais et irlandais, je n’occulte donc rien. En effet, il n’y a pas de sangliers au Royaume-Uni et en Irlande mais cela doit-il nous empêcher de prendre en compte ces résultats ?

Laisser un commentaire